Petits mensonges épidémiologiques (1)

Publié le 29 Mars 2013

Petits mensonges épidémiologiques (1)

Le net regorge d'affirmations concernant la supposée inutilité, voire même dangerosité de la vaccination contre la rougeole. Certaines de ces affirmations se basent sur des données épidémiologiques sorties de leur contexte global. La conclusion tirée est ainsi à l'opposé de celle qui serait obtenue en considérant toutes les données disponibles.

Les petits mensonges épidémiologiques peuvent être réfutés. C'est en le faisant que j'ai rassemblé informations et réflexions sur ce blog. Voici donc maintenant une de ces affirmations récurrentes et sa réfutation.

1) "La rougeole est une maladie bénigne de l'enfance, il faut laisser faire la nature. D'ailleurs, avant l'introduction de la vaccination, on ne craignait pas la rougeole."

Il est tout à fait possible qu'à l'époque de l'introduction de la vaccination (fin des années 1960), le grand public n'était pas particulièrement effrayé par la rougeole.

  • D'abord, hors vaccination, la rougeole était une maladie quasi inévitable pour les enfants, quelque soit le niveau de développement du pays, et était donc quelque chose de banal.
  • Ensuite, les progrès de la médecine et l'amélioration des conditions de vie en général, au cours de la première moitié du vingtième siècle dans les pays dits développés, ont significativement fait diminuer le risque de décès et de séquelles associés à la maladie, les décès étant en partie supportés par les personnes fragiles.

On peut donc imaginer dans le grand public un léger excès d'optimisme (la maladie n'est plus dangereuse) sur fond de fatalisme (on a l'habitude de la rougeole), associé à l'idée que "ça n'arrive qu'aux autres" (les "faibles").

Pour un témoignage de l'époque, on peut consulter cette article de 1963 par D.L. Miller:

Frequency of Complications of Measles. Report on a National Inquiry by the Public Health Laboratory Service in Collaboration with the Society of Medical Cfficers of Health

Recent advances in the development of measles vaccines give reason to expect that an acceptable, safe, and effective means of mmunization will soon become available. But "the need or desire" for large-scale vaccination in this country is subject to debate (British Medical 7ournal, 1963b). One of the major sources of doubt about the need for immunization stems from the belief among many parents and doctors that measles is a mild disease in which serious complications are rare and almost never fatal in normal children. Deaths have indeed declined rapidly in recent years to about 2 per 10,000 notifications, and a recent study has shown that about half the deaths occur in persons with serious chronic disease or disability.

Cependant, la diminution des risques liés à la maladie ne signifie pas pour autant leur disparition. D.L. Miller a ainsi montré qu'en plus des décès, des encéphalites et pneumonies se produisaient suffisamment souvent suite à la maladie que pour justifier la vaccination.

Aujourd'hui, la perception de bénignité de la maladie chez certaines personnes opposées à la vaccination est une forme d'héritage de la perception de l'époque pré-vaccinale. Une perception qui n'a pas été mise à jour depuis les années 1960 ! Elle est associée à la "pensée magique" que la médecine et les conditions de vie ne feraient que s'améliorer indéfiniment dans les pays développés, de sorte qu'on aurait pas besoin aujourd'hui de prévenir la rougeole.

Or, si il est vrai que la létalité de la rougeole est plus importante dans les pays pauvres que dans les pays développés, elle reste pour ces derniers entre 1 décès pour 10000 et 1 décès pour 1000 malades (disons 1/5000 environ). En fait, la létalité de la rougeole dans les pays dit développés n'a pas diminué depuis les années 1960 (voir le cas de l'Angleterre et Pays de Galle ou des USA par exemple).

D'un point de vue statistique, certains argumenteront aujourd'hui que 1 décès pour environ 5000 cas de rougeole n'est pas une justification sufisante pour vacciner de façon globale la population. Mais ce serait faire fi du nombre de personnes touchées par la maladie hors vaccination. Un faible taux fois un grand nombre, ça revient à un nombre non négligeable de décès. En effet, il faut savoir que sans programme de vaccination, tout le monde ou presque ferait la rougeole à un moment ou un autre de sa vie. Cela revient à dire qu'un occidental qui vivrait aujourd'hui dans un pays développé où on ne vaccinerait pas aurait une (mal)chance sur environ 5000 de décéder de la rougeole au cours de sa vie. Merci Dame nature qui fait bien les choses...

Il est également possible d'estimer que le programme de vaccination contre la rougeole sauverait entre 70 et 700 vies par an en France si il était suivi à la lettre (en plus d'éviter une quantité phénoménales de complications et de souffrances inutiles pour les enfants).

La suite au prochain épisode.

Rédigé par Julie

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alain 24/08/2016 16:53

"En effet, il faut savoir que sans programme de vaccination, tout le monde ou presque ferait la rougeole à un moment ou un autre de sa vie."
ah ... et on doit admettre ça comme ça, juste parce que vous l'énoncez ?

Julie 25/08/2016 14:45

J'avais déjà évoqué ça ici:
http://rougeole-epidemiologie.overblog.com/balance-b%C3%A9n%C3%A9fices-risques-de-la-vaccination

suivre les sources 2, 6, et 15.

HOUDOT 23/05/2015 13:21

Je ne suis pas complètement d'accord sur vos propos concernant la vaccination ( je ne suis pas anti-vaccin) mais je respecte votre avis !! Déjà sur les adjuvants écoutez les avis des différents experts français et internationaux..
http://videos.assemblee-nationale.fr/video.5464..
( à regarder avant le 24 mai )
Bien cordialement.
Daniel Houdot.
Professionnel de santé