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Publié le 7 Février 2015

Quelques éléments de réponse au billet du blog de Patrick Dupriez (politicien écologiste belge) intitulé

Epidémie de Coqueluche et couverture vaccinale : Quelques réponses et beaucoup de questions…

 

Je n’ai pas trouvé le rapport intitulé « Epidémie de coqueluche en 2013 en Belgique », mais bien celui nommé «Situation de la coqueluche en 2013 en Wallonie, Belgique. »

https://www.wiv-isp.be/matra/PDFs/Coqueluche_Rapport_cas_d%C3%A9clar%C3%A9s_2013_en_Wallonie_VF.pdf

On n’y parle pas d’UNE épidémie, mais d’une recrudescence globale qui est la somme de petites épidémies plus ou moins localisées dans le temps et l’espace. Recrudescence amorcée depuis deux à trois décennies et qui se poursuit, sans épargner la Belgique. Aux USA par exemple, la recrudescence a démarré dans les années 1980. En Belgique, cela semble avoir commencé en 1997, comme illustré par la figure 1 du rapport présentant le nombre de cas de 1987 à 2007.

Coqueluche: quelques réponses à Patrick Dupriez

Cette recrudescence peut-être en partie due à une meilleure notification, mais elle est en partie réelle. Elle n’est pas à mettre sur le compte d’une diminution de la couverture vaccinale chez les bébés, mais à la couverture qui n’est pas suffisante au niveau des rappels chez les adolescents et les adultes. L’immunité, qu’elle soit post-maladie ou vaccinale, est limitée dans le temps (on parle de 5-15 ans selon le sources). Par conséquent, dans une population où la majorité des enfants sont vaccinés, la bactérie circule moins (mais sans pouvoir être éradiquée car le vaccin n’est pas assez efficace pour cela) et il y a moins de « rappels naturels ». Les ados et les adultes non immunisés (ou partiellement immunisés) peuvent alors contracter la coqueluche (ou une forme contagieuse mais plus difficile à diagnostiquer) au contact d’un enfant malade, et ensuite la transmettre à d’autres, dont les bébés. Les bébés atteints de coqueluche sont très souvent contaminés par leurs parents ou un membre de la famille proche.

 

Pour protéger les bébés avant qu’ils puissent être vaccinés (mais aussi au cas où le vaccin ne fonctionnerait pas chez certains d’entre eux, puisque ce n’est pas efficace à 100%), la solution est de vacciner les personnes qui peuvent être amenées à être en contact avec des nourrissons. Autant dire quasi tout le monde, mais en particulier les parents, les grands-parents, … C’est mécanique, en remplaçant la maladie et les rappels naturels par la vaccination et des rappels de vaccination, la bactérie circule de moins en moins et les nourrissons sont de plus en plus en sécurité.

 

Par ailleurs, la vaccination n’a pas entraîné une diminution de la protection transmise par la mère. Ce pour la simple raison qu’il n’y avait pas de telle protection. L’immunité maternofoetale consiste en un transfert d’anticorps de la mère à l’enfant. Or, le taux d’anticorps après la maladie ou la vaccination décroît très vite. L’immunité à plus long terme (les 5-15 ans) est cellulaire et non liée aux anticorps. Donc, les mères n’ont pas eu l’occasion, jusqu’il y a peu avec la vaccination des femmes enceintes, de transmettre une protection contre la coqueluche à leur enfant. Les bébés ont toujours porté le fardeau de la coqueluche, que ce soit avant l’ère vaccinale ou après. Aux USA, avant l’introduction de la vaccination de routine, un peu moins de 20 % des cas et 50 % à 70 % des décès étaient enregistrés chez les moins de 1 an. Ce qui au vu de l’incidence de l’époque donnait 1600 décès par coqueluche déclarés par an chez les moins de 1 an. Dans les années 1980, c’était 47 % des cas et 77 % des décès rapportés, mais comme la vaccination avait fortement fait baisser l’incidence, cela correspondait à moins de 10 décès par an chez les moins de 1 an. Avec la recrudescence amorcée depuis lors, le nombre est porté à quelques dizaines de décès par an, bien loin des chiffres datant de l’ère pré-vaccinale, mais bien supérieur à ce qui est moralement acceptable lorsque les moyens de les prévenir existent et ne sont pas utilisés. Aujourd’hui, certains pays, dont la Belgique, recommandent la vaccination des femmes enceintes pendant le troisième trimestre, pour faire coïncider le moment de la production d’anticorps par la mère et le moment où le transfert d’anticorps au bébé est maximal. Ainsi, la vaccination de la maman permet une protection de l’enfant le temps que celui-ci puisse être à son tour vacciné.

 

Enfin, dans une population fortement vaccinée avec un vaccin qui n’est pas efficace à 100 %, il n’est pas surprenant que les malades puissent être majoritairement vaccinés. Il ne faut pas confondre la probabilité pour un vacciné d’être malade avec la probabilité pour un malade d’avoir été vacciné. Imaginez un village de 1000 personnes, dont 950 sont vaccinées avec un vaccin efficace à 95 %. Il y aura donc environ 900 personnes immunisées, 50 vaccinées mais non immunisées, et 50 non vaccinées. En cas d’introduction du pathogène dans le village, on pourra donc avoir 100 malades, dont 50 % étaient vaccinés. Mais de l’autre coté, 95 % des vaccinés ne sont pas malades.

 

Cordialement,

Julie Boulier.