Publié le 29 Mai 2013

Certains anti-vaccins sont, à leur façon, extrêmement fascinés par tout ce qui touche à la vaccination et à son histoire. Ils cherchent dans la littérature scientifique tout ce qui pourrait permettre de faire penser que la vaccination est dangereuse. Ils en font ensuite des listes d'articles dont le titre comprend le nom d'un vaccin et celui d'un effet seconfaire ou d'une autre pathologie...

Bouh! Trem
blez parents!

Quel est le résultat d'une telle stratégie de communication? On sait qu'après une alerte non fondée, l'inquiétude persiste chez le public, en dépit des démentis qui pourraient être apportés ultérieusement. Un militant anti-vaccin aura donc tout intérêt à lancer des alertes sans en vérifier la validité. Pas besoin pour eux de lire avec attention le texte de l'article choisi pour son titre, pas besoin de le ressituer par rapport aux autres articles qui traitent du même sujet ou aux connaissances de l'époque de publication,...
Pas besoin de se fatiguer! Il suffit juste de lancer l'alerte de façon grossière en la déposant sur un lieu de passage du web et de passer à autre chose. En effet, ce n'est même pas nécessairement la peine d'assurer le service après vente au cas où quelqu'un apporterait le démenti... au contraire, autant aller semer d'autres pseudo-alertes par ci par là, pour agrandir la taille du filet.

Application pratique:

Dans une liste de ce type, une des références citées est un article 1968 dont le titre est
Thrombocytopenic purpura following vaccination with attenuated measles Virus.

Réaction espérée: Quoi? Le vaccin contre la rougeole cause des thrombocytopénies? Je ne sais pas ce qu'est une thrombocitruc, mais ca fait peur. Oh, je viens d'aller voir sur internet ce que c'est.... Il est hors de question que je fasse prendre ce risque à mon enfant. Je dirai au médecin que je refuse la vaccination rougeole.

Le médecin devra ensuite expliquer que le risque est quantifié et qu'il est rare, et que cela vaut mieux que la maladie et ses complications...

Oui c'est un peu léger comme explication. Et cela n'apaisera peu-être pas tout à fait les parents, qui refuseront quand même, ou accepteront à contre coeur, en vivant la vaccination de leur enfant avec une anxiété démesurée. Et ne vous attendez pas forcément à une explication plus détaillée de la part du médecin.
Il n'a pas à connaître tous les chiffres relatifs à tous les vaccins...
Il n'a pas à avoir lu toute la littérature jusqu'aux années 60...
Il n'a pas à vous faire une scéance de debunking personnalisée à chaque fois que vous décidez de vous faire des frayeurs en allant vous documenter à gauche et à droite sur le net.
Il connait quelles sont les recommandations des autorités de santé, recommandations basées sur le consensus qui émerge de l'ensemble de la littérature, et c'est bien assez comme cà, la vaccination n'étant qu'un des nombreux aspects de son travail.

Pour les curieux, le debunk est le suivant:

Cette étude de 1968 est une étude de cas. C'est-à-dire le rapport d'un effet secondaire nouvellement rapporté (1968, ce sont les débuts de la vaccination contre la rougeole). Depuis, la situation a évolué. On sait que le risque pour cette complication est de l'ordre de 1/30000 enfants vaccinés avec un vaccin ROR (rougeole, oreillons, rubéole).
Or, les infections naturelles de rougeole et de rubéole, qui touchent preque toute le monde dans une population non vaccinée, entraînent également ce type de complication (c'était d'ailleurs mentionné dans l'article de 1968 en ce qui concerne la rougeole, mais pour s'en rendre compte, il faut lire le texte et pas seulement le titre). Le taux après infection naturelle est de l'ordre de 1 pour 1000 malades.
Une population correctement vaccinée échange donc un risque de l'ordre de 1/1000 contre un risque de 1/30000.

Moi ça me rassure... et vous?

Rédigé par Julie

Publié dans #debunking