Publié le 29 Mai 2013

Régulièrement, l'une ou l'autre étude supposée remettre en cause d'une façon ou d'une autre la vaccination fait le tour de la communauté anti-vaccin. En ce moment, il s'agit d'une étude polonaise censée parler des effets neurologiques de la vaccination, mais dont les auteurs n'ont pu résister à la tentation de faire de l'épidémiologie à posteriori, sur le mode "Cette courbe démontre l'inutilité de la vaccination". Ils parlent des courbes suivantes:

1) Mortalité liée à la Tuberculose en RFA (Allemagne de l'Ouest)
C'est pas beau de faire des généralités
2) Incidence de la Tuberculose en RFA
C'est pas beau de faire des généralités
3) Mortalité liée à la coqueluche en (Pologne ?)
C'est pas beau de faire des généralités
4) Mortalité liée à la coqueluche en Suisse
C'est pas beau de faire des généralités
5) Incidence de la Diphtérie en (Pologne ?)
C'est pas beau de faire des généralités

Toutes ces courbes montrent une décroissance avant et après introduction de la vaccination. Décroissance qui ne serait attribuable qu'à
(a) une amélioration de l'hygiène collective et individuelle en ce qui concerne la propagation des maladies
(b) une réduction de la létalité pour les maladies infectieuse à un taux négligable bien avant l'introduction de la vaccination (grâce aussi à l'hygiène, mais prise en charge des malades, etc ...)
mais pas à la vaccination, bien sur.

Pour justifier cela, les auteurs se réfèrent à un article de 2002:
What is the evidence for a causal link between hygiene and infections?
La communauté anti-vaccin est super sympa, elle met l'article à disposition ICI

  • En ce qui concerne la tuberculose (1) et (2):


Dire que l'hygiène et l'amélioration des conditions de vie peut réduire l'incidence de la tuberculose revient à peu près à enfoncer une porte ouverte (le problème est que d'autres défoncent les murs pour généraliser à tous les vaccins...). Un porteur sain qui vit dans un environnement favorable aura moins de chance de développer la maladie (tuberculose pulmonaire), et donc d'être contagieux (OMS). Cela ne veut pas dire qu'il n'existerait pas de moyens additionnels de réduire cette incidence et la propagation. Quel est le rôle de la vaccination à ce sujet? Citons le Guide des vaccinations 2012

En ce qui concerne la protection directe du BCG vis-à-vis de la tuberculose
pulmonaire de l’adulte, les résultats obtenus sont plus controversés, avec un
large éventail d’estimation de l’efficacité (0 à 80% en fonction des études).
Ces divergences entre les études sont liées aux différences entre les vaccins
BCG utilisés, à la présence de mycob
actéries atypiques, variable selon les
régions, à l’intensité de la contamination,etc

Les discussions sur l'efficacité du BCG vis-à-vis de la maladie (tuberculose pulmonaire) chez l'adulte ne sont donc pas cachées, et la conclusion des auteurs polonais à ce sujet est bien trop tranchées pour ne pas être considérée comme idéologiquement orientée (ce qui n'est pas surprenant quand on se rend compte qu'ils ont piqué l'idée des courbes à un médecin anti-vaccinaliste allemand).

En fait, l'intérêt du BCG réside plutôt dans sa capacité à protéger contres les formes graves de la maladie chez l'enfant:

L’évaluation de la protection directe conférée par le BCG vis-à-vis de la
méningite tuberculeuse et de la tuberculose miliaire de l’enfant montre une
protection moyenne de l’ordre de 75 à 80%. En France, Schw
oebel et al.
ont estimé cette efficacité à 87%

  • En ce qui concerne l'incidence de la diphtérie (5):


Franchement, la figure (5) n'est pas claire:
- Quand doit-on considérer que la vaccination a commencé? Dans les années 20 ou en 1970?
- Il serait également surprenant que la vaccination ait été arrêtée brusquement en 1980, puisque pas un développé ne vaccine pas aujourd'hui contre la diphtérie.
- Comment la couverture vaccinale évolue au cours du temps?

La diphtérie est une maladie infectieuse qui se transmet essentiellement directement par les voies respiratoires (l'amélioration générale de l'hygiène aura peu d'influence sur ce facteur, les gens ne se protégeant pas avec des masques...). Les transimission indirecte et cutanée sont plus rares (INVS). De façon générale, la vaccination Diphtérique est très efficace. En France, elle a été généralisée après le pic épidémioligique correspondant à la seconde guerre mondiale, et a permis de contrôler l'épidémiologie de la maladie ( Guide des vaccinations 2012 ). Encore une fois, il semble que les conclusions des auteurs polonais soient trop tranchées concernant le rôle de la vaccination et de l'hygiène.

  • En ce qui concerne la mortalité liée à la coqueluche (3) et (4):


D'après les figures (3) et (4), la vaccination contre la coqueluche aurait débuté vers 1950.

Le taux de létalité des maladies infectieuses n'a plus diminué significativement au cours de la seconde moitié du siècle (pour les pays développés). Les auteurs polonais ne disent pas qu'après la dimunution est arrivée la stagnation...
Voire la figure suivante de l'article de 2002:

C'est pas beau de faire des généralités

Je ne partage pas l'avis des auteurs polonais que le taux atteint vers 1950 était négligeable. Si on peut éviter des décès de façon raisonable, il n'y a pas de raison de se priver.
De plus, puisque mortalité=(incidence x létalité) et puisque la létalité était constante après 1950, la baisse observée de la mortalité après 1950 ne peut être due qu'à une baisse de l'incidence.

Or, Les auteurs polonais n'ont pas jugé utile de discuter de l'incidence de la maladie. C'est pourtant une information indispensable si on veut comprendre l'action ou non de la vaccination, et les conséquences sur la mortalité. La coqueluche se transmet par voie respiratoire (comme la rougeole...). Par conséquent, les mesures d'hygiène n'ont que peu ou pas d'influence sur l'incidence, et c'est bien l'effet de la vaccination que l'on observe.

D'ailleurs, il se passe quoi si on arrête de vacciner?

http://www.vaccine-safety-training.org/pertussis-vaccine-example.html

http://www.vaccine-safety-training.org/pertussis-vaccine-example.html

In the mid-1970s in England and Wales, anti-immunization groups caused parents to question the value of pertussis vaccine. As a result, immunization rates fell from 81 to 31% in a span of just a few years. Two epidemics of pertussis (whooping cough) followed, and many children died needlessly. As the population was confronted with the scourge of pertussis returning to their community, immunization coverage rose steadily and even surpassed previous highs.

En fait, nous sommes là en présence du petit mensonge épidémiologique n°5 mis en évidence dans le cadre de la rougeole: parler de la mortalité directement sans passer par l'incidence et prétendre que la létalité a toujours diminué.

Rédigé par Julie

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