L'intérêt de l'allaitement pour les maladies à prévention vaccinale ?

Publié le 17 Août 2015

En France, on recommande les vaccinations suivantes à tous les bébés avant l'âge de 2 ans (sauf contre-indication): diphtérie, tétanos, polio, coqueluche, Hib, hépatite B, pneumocoque, méningocoque C, rougeole, oreillons et rubéole. Nous allons donc vérifier pour chacune de ces maladies la façon dont la mère transmet ou non une immunité passive à son enfant, que ce soit par voie placentaire ou via l'allaitement. Nous allons également aborder le cas des infections à rotavirus, dont la vaccination est recommandée en Belgique, mais pas encore en France. Le lecteur pressé peut directement passer au résumé et aux conclusions. 

Les vaccinations recommandandées en population générale en France avant l'âge de 2 ans.

Les vaccinations recommandandées en population générale en France avant l'âge de 2 ans.

Les maladies toxiniques

 

Les symptômes du tétanos et de la diphtérie sont liés aux toxines secrétées par les bactéries en cause. La coqueluche est aussi en partie une maladie toxinique. La létalité associée au tétanos et  la diphtérie est élevée à tout âge (environ 30 % et 10 %). La coqueluche est particulièrement dangereuse chez les moins de 6 mois (létalité de 5/1000 avant 6 mois et de 15/1000 avant 3 mois).

Tétanos

La grande majorité des cas de tétanos surviennent dans les pays en développement, chez les nouveau-nés ou les mères, à la suite d’accouchements et de soins postnataux ayant eu lieu dans de mauvaises conditions d’hygiène. On peut aussi rencontrer des cas de tétanos à tout âge, même dans les pays développés (par exemple, le cas de cet enfant français de 8 ans). La protection contre le tétanos repose uniquement sur les anticorps (antitoxines tétaniques de type IgG, présentes dans la circulation générale) et ne peut être obtenue que par une vaccination avec l'anatoxine ou par injection de sérum antitétanique, car il n'y a pas d'immunité suite à la maladie elle-même.

 

Une mère préalablement vaccinée a produit des antitoxines et les transmet par voie placentaire à son fœtus. A la naissance, la concentration en anticorps chez le nourrisson est généralement du même ordre que la concentration chez la mère. La concentration chez le nourrisson décroît ensuite relativement rapidement, puisque la demi-vie est d'environ 1 mois (c'est-à-dire qu'après un mois, environ la moitié des anticorps ont disparu. Après un second mois, la moitié des anticorps restant ont à leur tour disparu, etc...). La vaccination prend ensuite le relais de l'immunité passive et ne peut donc pas être éludée.

 

De plus, l'allaitement ne peut pas servir de prétexte à retarder la vaccination antitétanique. La présence d'IgG dans le lait maternel ne peut être qu'anecdotique (les anticorps présents dans le lait maternel sont essentiellement des IgA et les IgG éventuellement présents dans le lait ne peuvent pas passer de l'intestin à la circulation générale de bébé). D'ailleurs, cela est confirmé par le fait que l'allaitement n'interfère pas avec la vaccination de l'enfant contre le tétanos (si l'allaitement fournissait des IgG en quantité utile à l'enfant, il ne répondrait pas de la façon attendue à la vaccination). Notons que l'allaitement n'est pas une contre-indication à la vaccination de la maman.

Diphtérie

La diphtérie est une maladie due à une toxine produite par une bactérie. L'immunité (après maladie ou vaccination, le second cas étant bien plus probable dans un pays tel que la France) se traduit par la présence d'antitoxines (anticorps de type IgG). Des antitoxines sont d'ailleurs données en sérum dans le cadre du traitement d'un malade. Des rappels de vaccination réguliers sont nécessaires pour maintenir l'immunité. Par exemple, aux alentours des années 90, environ 70% des femmes américaines en âge d'enfanter avaient un taux suffisant d'anticorps pour assurer leur propre protection, et donc celle de leurs futurs enfants par immunité passive.

 

Comme dans le cas du tétanos, le transfert placentaire des anticorps protège le futur bébé de façon temporaire, avant que sa propre vaccination prenne le relais. Il a été montré que l'ingestion du colostrum d'une maman immunisée ne permet pas d'augmenter la concentration en anticorps de l'enfant. Ce qui n'est pas surprenant puisque l'immunité est assurée par des IgG. Ainsi, l'allaitement n'apporte pas de protection spécifique additionnelle par rapport au transfert placentaire, et il n'interfère pas non plus avec la vaccination de l'enfant.

Coqueluche

Actuellement, la pathogènèse de la maladie et la réponse immunitaire qui lui est associée n'est pas encore très bien comprise. La situation est tout à fait différente de celle du tétanos et de la diphtérie où une toxine unique prédomine. En effet, dans le cas de la coqueluche, plusieurs antigènes (facteurs de virulence) sont impliqués dans la maladie et des anticorps (IgG et IgA) dirigés contre différents antigènes peuvent être détectés après l'infection. Que ce soit après la maladie ou après la vaccination, l'immunité contre la coqueluche n'est pas durable. L'immunité humorale (c'est-à-dire l'immunité liée à la production d'anticorps) disparaît assez vite (quelques semaines à quelques mois), tandis que l’immunité cellulaire, qui est la deuxième composante de l'immunité spécifique, persiste plus longtemps (en fonction des sources, on peut lire de 5 à 15 ans). En général, les gens ont donc peu ou pas d'anticorps contre la coqueluche. 

 

Les femmes peuvent transmettre quelques anticorps à leur enfant par voie placentaire et via l'allaitement, mais pas en quantités utiles. Cela ne protège donc pas les enfants pour leurs premiers mois de vie. En effet, les enfants de moins de 6 mois ont de tout temps et en tout lieux compté pour une proportion élevée des cas de coqueluche, alors qu'ils ne sont que peu concernés par la rougeole (maladie avec une contagiosité et un mode de transmission comparable, mais avec un transfert placentaire d'anticorps démontré efficace). En fait, les nourrissons ont toujours porté, et portent encore aujourd’hui, le fardeau de la coqueluche. Ce manque de protection mère-enfant se comprend justement par la décroissance rapide de l'immunité humorale. La solution envisagée actuellement dans plusieurs pays (USA, Australie, Belgique, …) est de vacciner les femmes durant le troisième trimestre de la grossesse, pour assurer un transfert élévé d'anticorps IgG vers le fœtus et protéger l'enfant avant qu'il puisse être vacciné. Une femme vaccinée en fin de grossesse peut aussi transmettre des IgA à son enfant via l'allaitement, mais le recul n'est pas encore suffisant pour savoir si cela apporte une protection supplémentaire à l'enfant.

Les infections dites invasives

 

Les infections par Hib, pneumocoques ou méningocoques commencent par une infection du nasopharynx et restent le plus souvent a-symptomatiques. Une partie importante de la population est constituée de porteurs sains, susceptibles de contaminer d'autres personnes. Dans une minorité de cas, ces infections peuvent devenir invasives. Elles s'étendent à la circulation générale (bactériémie) pour causer, par exemple, des méningites. Les séquelles de ces infections invasives peuvent être lourdes (atteintes neurologiques, amputations). La létalité associée est non négligeable.

Hib

L'haemophilus influenzae est une bactérie (à ne pas confondre avec le virus de la grippe, nommé aussi influenza) qui peut se présenter sous une forme non capsulée ou une forme capsulée (le type b correspond à une des formes de cette capsule). L'infection commence par la colonisation du nasopharynx. Les souches non capsulées restent relativement localisées et sont responsables par exemples d'otites, tandis que les souches capsulées de type b peuvent atteindre la circulation générale (et de là le cerveau, les poumons, ...) et sont la cause majeure des infections à Hib dites invasives. Le vaccin a été introduit en France en 1992. Les anticorps (IgG) produits suite à la vaccination sont dirigés contre un des composants de la capsule. Le vaccin n'a donc pas d'impact sur les otites à Hib, mais permet de réduire fortement l'incidence des méningites à Hib, la forme invasive la plus courante, chez les enfants de moins de 5 ans. Avant 1992, on comptait environ 400 méningites à Hib par an chez les moins de 5 ans, contre environ 10 en 2008. Ces méningites ont pour conséquence la surdité (10-15% des cas) ou le décès (3%).

 

L'incidence des infections à Hib est relativement faible pendant les deux premiers mois de vie, donc avant la vaccination de l'enfant, en raison des anticorps IgG transmis par voie placentaire durant la grossesse si la maman dispose d'assez d'anticorps (environ 50% des femmes avaient des taux d'anticorps protecteurs dans cette étude britannique). Un effet positif de l'allaitement a été mis en évidence dans plusieurs études. Il s'oppose à la colonisation des muqueuses du nasopharynx par la bactérie, mais sans qu'on puisse expliquer le mécanisme exact à l'oeuvre. Certaines sources mentionnent le rôle d'anticorps spécifiques IgA, tandis que d'autres mettent l'accent sur le rôle non spécifique d'autres composants du lait. Quoi qu'il en soit, cet effet n'est pas de la même importance que celui de la vaccination qui est le moyen le plus efficace pour prévenir les infections invasives à Hib. De plus, la vaccination permet de réduire la présence de la bactérie dans la population, ce qui est intéressant au vu de la résistance aux antibiotiques développée par la bactérie. L'allaitement ne peut donc pas servir de prétexte à éluder la vaccination. Par ailleurs, il a aussi été observé que l'allaitement renforce l'efficacité de la réponse à la vaccination, par un mécanisme qui n'est pas encore élucidé non plus. C'est donc une parfaite illustration du faux dilemme appliqué par les antivaccinalistes, puisque la solution "idéale" ne consiste pas à choisir l'allaitement à la place de la vaccination, mais en complément de celle-ci, à la condition que cela convienne à la maman.

Pneumocoque

Le pneumocoque (ou streptococcus pneumoniae) est une bactérie qui présente des similitudes avec le Hib. Il colonise le nasopharynx et se diffuse éventuellement vers d'autres sites. Il cause des otites, des sinusites et des infections invasives comme des pneumonies et des méningites. Il est la première cause de méningite bactérienne chez les moins de 1 an dans les pays industrialisés. Il en existe plus de 90 souches capsulées. La capsule est responsable de la virulence de certaines souches et des séquelles neurologiques et décès associés aux infections : 30% de séquelles et 10% de décès après une méningite à pneumocoque, par exemple.

 

Le premier vaccin, introduit en France en 2002, visait 7 souches de la bactérie. Deux effets antagonistes ont influencé l'intérêt de ce vaccin en terme de prévention des infections invasives. Le premier effet, positif, est la réduction d'environ 80% de l'incidence des infections liées au souches vaccinales chez les moins de deux ans. Le second effet, négatif, est une augmentation d'environ 40% des infections liées aux autres souches, qui ont profité de la place laissée par les souches vaccinales en régression. Au final, le bilan est positif, avec une réduction de 33% des infections invasives chez les enfants de moins de 2 ans et une augmentation modérée dans les autres tranches d'âge. En 2009, le vaccin heptavalent a été remplacé par un vaccin à 13 souches, pour prendre en compte l'effet négatif observé. Au niveau international, la vaccination a permis de réduire la circulation des souches résistantes aux antibiotiques.

 

La protection contre les infections invasives passe essentiellement par des anticorps de type IgG dirigés contre la capsule de la bactérie (à chaque souche son anticorps spécifique). Et qui dit IgG dit transfert via la placenta, si la maman dispose d'anticorps en suffisance après une infection (symptomatique ou non). L'absence d'allaitement est un facteur de risque pour les infections invasives à pneumocoque. Comme dans le cas du Hib, le mécanisme en jeu n'est pas déterminé avec certitude (anticorps IgA ou autres mécanismes?). Et encore une fois, éviter un facteur de risque ne dispense pas de la vaccination. C'est pourquoi on recommande cette vaccination pour tous les nourrissons, allaités ou non.

Méningocoque C

La capsule qui entoure le ménogocoque (Neisseria meningitidis) détermine son sérogroupe. Par exemple, les souches B et C comptent pour environ 70% et 20% des souches en circulation en France. La souche B est responsable de 40 décès par an en France, en moyenne sur la période 2003-2009. La souche C est un peu plus dangereuse que la souche B, et a conduit à 25 décès par an, soit un peu plus de la moitié du nombre de décès associé à la souche B, en dépit de son incidence trois fois moins importante. L'infection, qui commence également par le nasopharynx, peut devenir invasive. Les méningocoques sont responsables d'environ 50% des méningites bactériennes chez les 0-18 ans. La létalité associée à ces méningites est de 10%.  La bactérie peut aussi être la cause d'un choc septique foudroyant (purpura fulminans) avec 20-30% de létalité et parfois la nécessite de procéder à des amputations. 

 

Le nouveau-né est temporairement protégé par les anticorps IgG transmis au cours de la grossesse, si la maman possède elle-même ces anticorps (après une infection symptomatique ou non, ou après une vaccination puisque les jeunes adultes peuvent être vaccinés contre la souche C). Le lait maternel contient des anticorps IgA spécifiques. Peut-être participent-ils à la réduction du risque d'infection invasives constatées chez les enfants allaités. 

 

Depuis 2009, la vaccination contre la souche C est recommandée en France à l'âge de 12 mois. Cette vaccination "tardive" n'est pas due à une protection materno-foetale qui serait de plus longue durée que pour les autres infections invasives (Hib, pneumocoque, pour lesquelles on vaccine dès deux mois). En fait, en vaccinant entre 12 mois et 24 mois, une seule dose est nécessaire. La France a fait le pari de l'immunité collective, accessible avec un schéma à une dose. D'autres pays, comme la Grande Bretagne, ont opté pour un schéma multi-doses "classique" commençant à deux mois. Par ailleurs, la Grande-Bretagne a récemment recommandé de vacciner tous les enfants contre la scouche B, avec un nouveau vaccin. La France ne recommande cette vaccination, pour l'instant, que pour les personnes à risques élevés (en fonction de la profession ou de l'état de santé) ou en cas d'épidémies ou de cas groupés.

Les maladies virales

 

Les 6 maladies traitées jusque là étaient dues à des bactéries. Les 6 restantes sont liées à des virus: Polio, Hépatite B, Rougeole, Oreillons, Rubéole et Rotavirus. Et ce point commun ne présage en rien d'une similarité au niveau de l'immunité maternelle passive ! Comme pour les bactéries, la diversité des situations sera au rendez-vous.

Poliomyélite

Sur ce blog, nous avons déjà parlé de la polio, de ses trois sérotypes et de ses deux vaccins. Les deux vaccins sont assez différents, puisque le premier est un vaccin vivant atténué administré par voie orale, tandis que le second est un vaccin tué/inactivé injecté par voie intramusculaire.

 

Dans le cas d'une infection naturelle, le virus de la polio pénètre par la bouche et envahit d'abord les muqueuses du pharynx et des intestins. Par la suite, il rejoint la circulation générale. Sept à dix jours après l'infection, des IgM et des IgG apparaissent dans le sang. Les IgM sont les premiers anticorps à être produits après une première exposition à un antigène. Ils sont de grande taille et ne traversent pas la barrière placentaire. Dans la majorité des cas (mais pas toujours malheureusement), les IgM et IgG sont assez nombreux pour empêcher l'atteinte du système nerveux central et la paralysie. Les IgM disparaissent rapidement après guérison, tandis que les IgG persistent et sont le signe de l'immunité à long terme. Des IgA sécrétoires sont produits au niveau des intestins et du pharynx. Leur activité persiste 5-6 ans et ils sont importants pour protéger l'individu contre une réinfection et limiter la transmission du virus. En cas de réinfection, les IgG, qui persistent plus longtemps que les IgA, sont importants pour permettre d'éviter la paralysie.

 

Au cours de la grossesse, des IgG sont transmis à l'enfant par la voie placentaire. La demi-vie de ces anticorps maternels chez l'enfant est d'environ 1 mois. Les glandes mammaires produisent des anticorps sécrétoires IgA, à condition que la maman ait une immunité mucosale suffisante. Le vaccin oral induit une immunité semblable à l'immunité après infection, tandis que le vaccin injectable produit une immunité mucosale plus faible. En France, seul le vaccin injectable est utilisé. Même dans les pays où le vaccin oral est encore utilisé, le taux d'IgA dans le lait maternel décroit déjà dès le quatrième jour. Ces IgA peuvent interférer avec l'administration du vaccin oral dans les premiers jours de vie de l'enfant, mais ce n'est plus le cas pour les enfants allaités plus âgés. Le rôle de l'allaitement dans la protection des nourrissons est donc plus limité que celui du transfert placentaire. Et après quelques mois, l'immunité passive cède la place à la vaccination de l'enfant, pour assurer sa protection.

Hépatite B

Le virus de l'hépatite B est entouré d'une enveloppe qui contient un antigène de surface (AgHBs). L'immunité est caractérisée par la présence d'anticorps (IgG) anti-HBs dirigés contre cet antigène. Chez les personnes immunisées, on retrouve donc ces anticorps, une fois l'antigène disparu, tandis que c'est l'antigène qui est détecté chez les porteurs chroniques.

 

Les futures mamans immunisées (après la maladie ou la vaccination) transmettent ces anticorps par voie placentaire, contrairement aux porteuses chroniques, dépourvues d'anticorps. De plus, si une femme est porteuse chronique, elle peut transmettre le virus à son enfant au moment de la naissance. Celui-ci a alors 90% de chances de développer une forme chronique. C'est pourquoi on le vaccine immédiatement. On lui administre aussi un serum d'anticorps en un site corporel différent. Puisque l'immunité est liée à des anticorps de type IgG et non IgA, l'allaitement par une maman immunisée n'apporte pas de protection additionnelle. L'allaitement par une maman porteuse chronique ne semble pas augmenter le risque d'une transmission à l'enfant, à condition que le sein ne présente pas de lésions (crevasses par exemple).

Rougeole - Oreillons - Rubéole

Au vu de leurs points communs, ces trois maladies sont souvent associées. Les virus se transmettent par voie aérienne, infectent les voies respiratoires supérieures, avant de se propager par voie sanguine à l'ensemble de l'organisme. Avant l'introduction de la vaccination trivalente ROR (vaccin vivant atténué administré en sous-cutané), un majorité d'enfants étaient infectés par ces trois virus à un moment ou un autre, et donc immunisés "naturellement". Environ 10% des jeunes femmes arrivaient néanmoins à l'âge adulte sans avoir été infectée par la rubéole, ce qui pose le risque d'une infection au cours de la grossesse et d'une rubéole congénitale de l'enfant.

 

Les personnes immunisées (par vaccination ou par infection naturelle) ont des anticorps de type IgG qui persistent très longtemps (voire toute la vie). La vaccination se fait en deux doses, dont la première est donnée à 12 mois. Ce choix de vaccination relativement tardive est en partie lié au passage placentaire de ces IgG au cours de la grossesse, qui persistent chez l'enfant en moyenne quelques mois après la naissance (moins longtemps si la maman est immunisée par vaccination que si elle a été immunisée suite à l'infection naturelle). Une vaccination trop précoce ne permettra donc pas de stimuler le système immunitaire de l'enfant. L'autre raison pour vacciner à 12 mois est qu'il faut un certain âge pour que le système immunitaire de l'enfant puisse produire une réponse humorale à un vaccin vivant atténué. Avec la  première dose à 12 mois, 5% des nourrissons ne répondent d'ailleurs pas à la vaccination contre la rougeole, car les anticorps maternels résiduels  sont encore en assez grand nombre pour tuer le virus vaccinal. La seconde dose permet de résoudre ce souci et d'obtenir une efficacité de plus de 99% pour la rougeole. Dans certaines circonstances, la première dose peut être avancée à 9 mois en cas d'épidémie, comme c'était le cas en France pour les enfants accueillis en crèche il y a quelque années. Pour les trois maladies, entre le moment où le taux d'anticorps maternel n'est plus suffisemment élévé pour assurer la protection face au vrai virus et le moment où le taux est suffisamment bas pour permettre une vaccination efficace, il existe une période de susceptibilité pendant laquelle l'enfant n'est pas protégé. Or, une rougeole contractée pendant la première année de vie peut s'avérer particulièrement dangereuse à long terme (PESS). L'immunité de groupe obtenue par la vaccination du plus grand nombre permet de compenser cette période délicate et il est dangereux de retarder la première dose.

 

Les IgA sécrétoires disparaissent après quelques mois (rougeole, oreillons)  ou quelques années (rubéole) après l'infection ou la vaccination. Une femme immunisée en âge d'avoir des enfants n'aura pas assez d'IgA contre la rougeole et les oreillons, à transmettre via l'allaitement, pour dépasser la durée de protection conférée par le passage placentaire d'IgG. En ce qui concerne la rubéole, le taux d'IgA dans le lait décroit fortement après les premiers jours. L'allaitement n'a donc pas d'influence sur la durée de l'immunité passive des enfants contre la rougeole, la rubéole et les oreillons et ne peut pas servir de prétexte à un report ou un abandon de la vaccination.

En moyenne, l’ensemble des enfants perdent leur protection maternelle contre la rougeole à 2,61 mois. Chez les enfants de mères ayant eu la rougeole, ce chiffre est en moyenne de 3,78 mois et chez ceux de mères vaccinées de 0,97 mois. Nonante-cinq pourcents de tous les enfants n’ont plus de protection à l’âge de 6 mois. Source: http://www.vaxinfopro.be/spip.php?article106&lang=fr

En moyenne, l’ensemble des enfants perdent leur protection maternelle contre la rougeole à 2,61 mois. Chez les enfants de mères ayant eu la rougeole, ce chiffre est en moyenne de 3,78 mois et chez ceux de mères vaccinées de 0,97 mois. Nonante-cinq pourcents de tous les enfants n’ont plus de protection à l’âge de 6 mois. Source: http://www.vaxinfopro.be/spip.php?article106&lang=fr

Rotavirus

Comme expliqué dans un précédent billet, Il s'agit de virus très contagieux qui se transmettent par la voie oro-fécale. Presque tous les enfants sont infectés à un moment ou un autre, mais souvent, l'infection est a-symptomatique ou peu symptomatique. Chez l'enfant de moins de 5 ans, les gastro-entérites aiguës (GEA) sont dans 30% à 40% des cas dues à un rotavirus. En France, les GEA à rotavirus entrainent environ 18 000 hospitalisations et 13-14 décès par an. Les vaccins sur le marché sont vivants atténués et administrés par voie orale. Ils visent les différentes souches du virus et réduisent très fortement (entre 85% et 100%) le risque de GEA sévère à rotavirus et d'hospitalisation chez les enfants de moins de 1 an, dans des pays comme la Belgique ou les USA.

 

La réponse immunitaire comprend des IgG sériques et des IgA intestinaux (sécrétoires). Les enfants de moins de 3 mois ont moins de GEA sévères à rotavirus que les enfants de 3 mois à 2 ans, en partie grâce au passage d'anticorps IgG par voie placentaire et d'autre part, grâce au passage d'anticorps IgA (et d'autres composés non spécifiques) via le lait maternel. Ces IgA restent présents au niveau du système digestif de l'enfant et peuvent perturber la réponse au vaccin oral.

 

Dans les pays à revenu intermédiaire et élévé d'Europe et d'Amérique Latine, on a constaté que le vaccin était très efficace. Il est moins efficace dans les pays à faible revenu et à revenu intermédiaire d'Afrique et d'Asie, où les femmes ont tendance à avoir plus d'IgA dans leur lait maternel (à cause des multiples réinfections vécues dans les pays où les rotavirus circulent de façon plus soutenues). Sans vaccination, les enfants allaités vivront leur première infection symptomatique un peu plus tard que les enfants non allaités, mais ne pourront pas l'éviter. On peut voir l'allaitement comme un moyen de retarder l'inévitabe, de décaler l'âge de la première gastro à rotavirus, ce qui est bien pour protéger les plus petits, mais ne permet pas de réduire la circulation du virus dans la population. Etant donné le fardeau que représentent les infections à rotavirus dans ces pays, la vaccination est nécessaire. Effectuer une courte pause de l'allaitement pour permettre la vaccination, comme suggéré il y a quelques années, ne semble pas apporter d'amélioration. Par contre, une répétition de la vaccination finit par conférer une immunité. Dans les pays où on vaccine, développés ou non, l'allaitement apporte une protection avant de pouvoir entamer la vaccination qui permettra d'éviter l'infection et de réduire la circulation du virus.

 

Résumé

 

Les "OUI" dans le tableau suivant sont à comprendre, sauf mention contraire, avec comme condition que la maman soit immunisée et dipsose d'anticorps à transmettre en quantité utile. C'est presque toujours le cas pour certaines maladies (ex: rougeole), mais moins systématique pour d'autres (ex: Hib). Concrètement, les mamans et futures mamans, en dehors de la rubéole et de l'hépatite B, connaissent rarement leur statut par rapport aux maladies à prévention vaccinale. Par exemple, qui peut prétendre savoir si il a été porteur sain d'un pneumocoque? 

Il faut aussi garder à l'esprit que la protection maternelle est passive et de courte durée, car les taux d'anticorps maternels chez l'enfant décroissent avec le temps. L'enfant devra acquérir activement, et par la vaccination, une immunité de plus longue durée, pour être pleinement protégé.

Maladie

Utilité du transfert placentaire d'anticorps ?

Utilité de l'allaitement ?

Tétanos, Diphtérie

OUI

Si mère immunisée
Rapidement dégressif

NON

Polio

OUI

Si mère immunisée
Rapidement dégressif

BOF

Effet très limité dans le temps par rapport au transfert placentaire, donc sans grand intérêt additionnel.

Coqueluche

OUI

A condition que la maman soit vaccinée pendant le dernier trimestre de la grossesse.

Rapidement dégressif

Peut-être

A condition que la maman soit vaccinée pendant le dernier trimestre de la grossesse. Difficile d'établir actuellement s'il existe un intérêt additionnel par rapport au passage placentaire.

Hib

Pneumococoque

Méningocoque C

OUI

Si mère immunisée
Rapidement dégressif

OUI

On ne sait pas exactement quelle est la part due à l'immunité spécifique de la maman et la part due à des composants non spécfiques du lait maternel.

Effet moins important que celui de la vaccination.

L'allaitement peut renforcer la réponse à la vaccination.

Hépatite B

OUI (Si mère immunisée, rapidement degressif)
NON (Si mère porteuse chronique)

NON

Rougeole

Oreillons

Rubéole

OUI

Si mère immunisée
Rapidement dégressif

BOF

Effet très limité dans le temps par rapport au transfert placentaire, donc sans grand intérêt additionnel.

Rotavirus

OUI

Si mère immunisée
Rapidement dégressif

OUI

Rapidement degressif, protège l'enfant avant de pouvoir être vacciné.

 

Conclusions

 

L'allaitement ne se substitue pas à la vaccination de l'enfant, loin de là ! Dans l'ensemble, son rôle par rapport au transfert placentaire est moindre. Et le transfert placentaire et l'allaitement doivent être relayés par la vaccination de l'enfant.

 

La vaccination est parfois la seule façon d'obtenir des anticorps à transmettre à un futur enfant (tétanos, coqueluche). En comparaison de l'infection naturelle, la vaccination est d'ailleurs toujours la façon préférable d'y parvenir, en vertu de sa balance bénéfices-risques et de la réduction de circulation des agents pathogènes qui est associée. Par exemple, il ne faut pas espérer que sa fille fasse la rougeole ou la rubéole dans l'enfance, comme le recommandent les antivaccinalistes, il faut la vacciner dès un an, comme recommandé partout dans le monde !

 

Il n'y a donc aucune raison rationnelle pour qu'un militant antivaccinaliste fasse passer le lait maternel pour un vaccin naturel, ni pour les militants de l'allaitement maternel (qui sont parfois les mêmes que les militants antivaccinalistes) de culpabiliser les mamans qui n'allaitent pas au motif qu'elles ne protègeraient pas leur enfant contre toutes les maladies possibles.
Les bénéfices de l'allaitement dans la prévention de certaines maladies (infections invasives à Hib, rotavirus, ...) sont réels, certes, mais relativement limités dans l'ensemble, alors que les femmes ne sont pas égales face à l'allaitement. La balance bénéfices-inconvénients de l'allaitement est à laisser à la seule et unique appréciation de chaque maman.

Rédigé par Julie

Publié dans #allaitement, #Immunité maternelle, #Anticorps

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LENOIR 25/08/2016 16:01

Très interessant, avez-vous la référence des études? J'aimerais approfondir. Merci pour ce billet. Cordialement.

Julie 25/08/2016 16:05

Les sources sont en liens hypertextes ;)