Le risque de Syndrome de Rubéole Congénitale selon les anti-vaccins

Publié le 8 Décembre 2013

Les anti-vaccins ne s'essaient pas souvent à des estimations épidémiologiques chiffrées des risques liés à une maladie. Ce n'est pas plus mal, car leurs estimations ont tendance à être biaisées par leurs a priori idéologiques, comme on a déjà pu l'observer dans le cadre d'une comparaison entre le risque de décès par rougeole et le risque supposé d'autisme après vaccination ROR. Ici, il sera question du Syndrome de Rubéole Congénitale.

Le syndrome de rubéole congénitale (SRC) désigne l'ensemble des anomalies présentées par un enfant à la suite d'une infection maternelle par le virus de la rubéole pendant la grossesse, suivie d'une infection foetale.

Orphanet

Le SRC est cause de problèmes auditifs, oculaires, cardiaques et cérébraux.

 

Les recommandations des autorités de santé sont de vacciner tous les enfants (sauf contre-indication). Cette vaccination les protège directement de la rubéole et de ses possibles complications (ex: encéphalopathie, purpura thrombopénique). La vaccination d'un enfant permet aussi d'éviter la transmission du virus à une tierce personne et protège indirectement les femmes enceintes non immunisées.  Un rattrapage vaccinal est également proposé aux adolescentes/femmes non immunisées, pour les protéger directement.
Les femmes non immunisées sont :

- celles qui ne peuvent pas être vaccinées (contre-indication),

- celles qui n'ont pas répondu au vaccin (environ 5 % des vaccinées),

- ou tout simplement celles qui n'ont pas été vaccinées (négligence ou refus) et n'ont pas contracté la maladie dans l'enfance.

 

1) Sophismes de la minimisation et de l'amplification

 

On peut trouver, sur un forum de discussion, un raisonnement formulé par une militante anti-vaccins et qui vise à convaincre les femmes non immunisées de ne pas se vacciner (le style de l'intervention est inimitable : abus de ponctuation, de majuscules,...):

Au niveau des chiffres, je puis vous dire, bien quétant non médecin , ce que dit le cours de virologie médicale de la faculté de médecine de Lille:
Ce cours expose clairement que: la probabilité que la femme enceinte non immunisée (naturellement ou artificiellement par un vaccin) attrappe la rubéole pendant la seule période à risque du premier trimestre est de 1/10000.
Ce cours explique aussi que même si la maman était infectée pendant cette période à risque, son enfant a 70 à 80% de chances d'aller parfaitement bien et de n'avoir absolument aucun syndrôme dit de la rubéole congénital.
Ce qui fait qu'au maximum le risque d'avoir un enfant malformé quand maman est infectée pendant le premier trimestre c'est 30%.
Pour avoir l'exacte probabilité d'avoir un enfant malformé si vous n'avez pas d'anticorps, le calcul est simple il faut multiplier ces 2 probabilités entre elles ce qui fait au maximum un risque de 1/10000 X 30%= 0,000023= 0,0023%!!!!!
On le voit ce risque est des plus négligeables, cela fait 0,0023% de risque d'avoir un enfant malformé si vous n'avez aucun anticorps contre 55% de risque de développer de l'arthrite pouvant être chronique après le vaccin.
CLAIREMENT IL N'Y A PAS PHOTO ET ON A LA UNE FOIS DE PLUS LA PREUVE LA PLUS IMPLACCABLE QUE CE QUI EST OFFICIELLEMENT RECOMMANDE VOIRE ORDONNE EST LOIN D'ETRE TOUJOURS POUR AUTANT LEGITIMEMENT ACCEPTABLE. Ne soyez donc pas dupe et ce dans votre intérêt!!

forum au-féminin

Avant de décortiquer ce sac de nœuds et pour ceux que le suspens ne tente pas, sachez que dans une population qui ne serait pas vaccinée, en prenant l'ensemble des grossesses (chez les futures mamans immunisées ou non), on peut montrer que le risque de SRC est de l'ordre de 1/10000 naissances vivantes.
Pour un pays comme la France et ses 800000 naissances par an environ, cela reviendrait à 80 SRC par an. Quand la vaccination est mise en oeuvre correctement, le risque de SRC devient nul (ex : USA).

this U.S. National Report confirms the successful, sustained elimination of endemic measles from the United States since elimination was verified in 2000 and of endemic rubella and CRS since verification of elimination in 2004.

Documentation and Verification of Measles, Rubella and Congenital Rubella Syndrome Elimination in the Region of the Americas (United States National Report, March 2012)

C'est parti pour le décorticage du sac de noeuds!
 

Noeud n°1 : Au niveau des chiffres, je puis vous dire, bien quétant non médecin , ce que dit le cours de virologie médicale de la faculté de médecine de Lille:
Ce cours expose clairement que:

 

Ne sachant pas de quel cours il s'agit, il est impossible de vérifier si le contenu en a été déformé par la militante, s'il présentait des erreurs ou des imprécisions,… De toute façon, comme on le verra par la suite, on peut partir des données de surveillance française pour se faire une idée.

 

Noeud n°2 : la probabilité que la femme enceinte non immunisée (naturellement ou artificiellement par un vaccin) attrappe la rubéole pendant la seule période à risque du premier trimestre est de 1/10000.

 

En France, le vaccin contre la rubéole a été commercialisé en 1970, à destination des jeunes femmes non immunisées, c'est-à-dire n'ayant pas contracté la maladie dans l'enfance. Mais cela n'a pas eu d'effet appréciable sur le nombre de rubéole contractée au cours de la grossesse. Ce n'est qu'en 1983 et avec la recommandation de vacciner tous les enfants (garçons et filles), que la situation a vraiment commencé à évoluer.

Après l’introduction du vaccin auprès des jeunes filles en 1970, dans la perspective d’une élimination de la rubéole congénitale en France, une surveillance des infections rubéoleuses maternofoetales a été mise en place en 1976 pour recenser les rubéoles survenues en cours de grossesse (réseau Rénarub animé par l’InVS).

L’impact de la vaccination sur l’incidence de ces infections n’a été montré qu’après l’introduction du vaccin dans le calendrier vaccinal du nourrisson en 1983 en association avec la rougeole puis avec les oreillons trois ans plus tard (vaccin triple).

Rougeole et rubéole congénitale : plan d’élimination et nouvelles recommandations

la vaccination contre la rubéole a d’abord été instaurée dans les années soixante-dix dans la plupart des pays industrialisés, de manière sélective chez les filles prépubères, afin de prévenir la survenue des infections chez les femmes enceintes. La surveillance épidémiologique ainsi que les résultats des travaux de modélisation mathématique ont montré l’impossibilité d’éliminer la rubéole congénitale à travers cette seule approche. La persistance d’infections durant la grossesse était due à la persistance de la transmission virale chez les enfants et dans la population masculine, couplée à une proportion résiduelle, même très faible, de femmes enceintes non immunes, de par les échecs vaccinaux et l’impossibilité d’atteindre une couverture de 100 % des jeunes filles. C’est pourquoi tous les pays ayant intégré dans leur calendrier vaccinal la vaccination contre la rubéole ont adopté, à la fin des années quatre-vingt, en plus ou à la place de la stratégie de vaccination sélective des filles, une stratégie de vaccination des nourrissons des deux sexes.

Guides des vaccinations 2012, Vaccination contre la rubéole

On peut donc considérer qu'avant 1983, le nombre de rubéole contractée durant la grossesse était représentatif d'une situation sans vaccination. Avant 1983, environ 30 futures mamans sur 100 000 contractaient la rubéole au cours de leur grossesse (cfr fig 1 de cette page de l'INVS et le guide des vaccinations).
Retenez : 30 au numérateur, et 100 000 au dénominateur.

Le risque de Syndrome de Rubéole Congénitale selon les anti-vaccins

Quel était le risque d'attraper la rubéole pour une femme non immunisée au cours du premier trimestre de la grossesse?
Sachant qu'environ 10 % des enfants échappaient à la rubéole, 10 % des femmes qui tombaient enceinte n'étaient pas immunisées. Il faut donc diviser le dénominateur par 10 pour passer des femmes enceintes en général aux femmes enceintes non immunisées en particulier.  Le dénominateur devient donc 100000/10=10000.
Comme le numérateur concernait une infection contractée à n'importe quel moment de la grossesse, il faut le diviser par 3 pour obtenir le risque « au cours du premier trimestre ». Ici, nous avons 30/3=10.
Au final, on trouve une probabilité de 10/10000, soit 10 fois plus que le taux de 1/10000 annoncé par la militante.

En fait le taux de la militante correspond à une époque où 3 futures mamans sur 100 000 contractaient la rubéole au cours de leur grossesse, ce qui nous situe aux alentours de l'an 2000. A cette époque, la couverture vaccinale à 2 ans était d'environ 85 %. On est passé de 30 infections à 3 pour 100 000 grossesses grâce à la vaccination (il faudrait une couverture de l'ordre de 95 % pour éliminer le risque de SRC). Il est cocasse de la part d'une militante anti-vaccins de justifier son opposition à la vaccination par une situation où le risque est réduit par la dite vaccination.
Ce type de raisonnement biaisé était aussi utilisé par des militants anti-vaccins qui ne comprenaient pas pourquoi vacciner contre la rougeole quand il n'y a presque plus de cas de rougeole. Les mêmes qui ne comprennent pas qu'il faut continuer à vacciner contre la polio tant que le virus n'est pas éradiqué... Que voulez-vous, on ne les changera pas !

Noeud n°3 : Ce cours explique aussi que même si la maman était infectée pendant cette période à risque, son enfant a 70 à 80% de chances d'aller parfaitement bien et de n'avoir absolument aucun syndrôme dit de la rubéole congénital.
Ce qui fait qu'au maximum le risque d'avoir un enfant malformé quand maman est infectée pendant le premier trimestre c'est 30%

 

Les anti-vaccins aiment bien minimiser les risques des maladies. En fait, si une maman est infectée durant les deux premiers mois, le risque de SRC complet (avec malformation) est de 100 %. Durant le troisième mois, le risque est de 80 %. Durant le quatrième mois, le taux tombe à 50 % et le SRC est partiel (seulement la surdité, le plus souvent). Après le quatrième mois les risques deviennent très faibles.

Le risque de SRC malformatif au premier trimestre en cas d'infection rubéoleuse est donc de l'ordre de 90 % (on pondère le risque de la façon suivante : 2/3x100 %+1/3x80 %) et non de 30 % comme annoncé par la militante.

Noeud n°4 : Pour avoir l'exacte probabilité d'avoir un enfant malformé si vous n'avez pas d'anticorps, le calcul est simple il faut multiplier ces 2 probabilités entre elles ce qui fait au maximum un risque de 1/10000 X 30%= 0,000023= 0,0023%!!!!!
 

On peut supposer que la militante a voulu écrire 0,003 % et non 0,0023 % (une coquille, ça arrive).

Au vu des nœuds défaits plus haut, on peut corriger cette estimation :

- Dans une population non vaccinée, nous aurions 10/10000*90/100=0,0009 ou encore environ 0,1 %, soit un risque 30 fois plus élevé qu'estimé par la militante.

- Dans une population vaccinée comme aux environs de l'an 2000 (couverture à 85 %), on aurait un risque d'environ 0,01 %, 3 fois plus élevé que l'estimation de la militante.

 

Remarque : si on souhaite se ramener au risque « toutes grossesses confondues » (chez les immunisées et non immunisées), cela revient à « diluer » le risque d'un facteur 10 et on arrive, dans une population non vaccinée, à 1 SRC pour 10000 grossesses, comme annoncé avant le détouillage du sac de noeuds. Ce taux est estimé à partir des notifications françaises. L'OMS annonce un taux pouvant aller jusqu'à 1/1000. En fait, l'estimation du taux varie selon que l'on considère une période épidémique ou non, un pays développée ou un pays en développement,.. Par exemple, l'estimation présentée ci-dessus pour la France est en bon accord avec l'estimation réalisée pour la Grande-Bretagne (entre 0.8 et 1.4 pour 10000):

En Grande-Bretagne, l’incidence annuelle de la rubéole congénitale rapportée pendant les premières années de la vaccination était d’environ 0,14 pour 1000 [naissances vivantes ] pendant les périodes d’épidémie et 0,08 le reste du temps (38).

Lutte contre la rubéole et le syndrome de rubéole congénitale (SRC) dans les pays en développement, première partie : la charge de morbidité due au SRC

Noeud n°5 : On le voit ce risque est des plus négligeables, cela fait 0,0023% de risque d'avoir un enfant malformé si vous n'avez aucun anticorps contre 55% de risque de développer de l'arthrite pouvant être chronique après le vaccin.

 

Une femme adulte que l'on vaccine contre la rubéole a 25 % de risque de présenter une athralgie (douleurs articulaires)... transitoire! Pas chronique... Ces douleurs transitoires sont le pendant des symptômes de la maladie chez la femme adulte (occurence jusqu'à 70%) et constituent l'effet indésirable le plus fréquent. En effet, les effets secondaires de la vaccination ROR (virus vivants atténués) correspondent souvent aux symptômes des maladies concernées. Les effets indésirables graves sont rares (ce sont ceux de la vaccination ROR et ils sont de l'ordre de 1/100 000 à 1/1 000 000). On sait bien que les anti-vaccins aiment gonfler les risques des vaccins mais là c'est très grossier.

Au final, considérons une femme adulte non immunisée contre la rubéole et prévoyant d'être enceinte :

- Si elle répond au vaccin et vit dans une population où on ne vaccine pas les enfants, elle échange un risque de SRC de l'ordre de 0,1 % contre un risque de douleurs articulaires passagères de 25% et des risques d'effets indésirables graves de l'ordre de 0,0001 à 0,001 %. C'est la « vaccination égoïste » qui ne profite qu'à soi, à condition de répondre au vaccin.

- Si elle ne répond pas au vaccin ou présente une contre-indication à la vaccination, l'immunité de groupe créée par la vaccination des enfants (dans une population où on les vaccine) lui permet quand même d'échanger le risque de 0,1 % de SRC contre un risque de 0,01 % si la couverture vaccinale des enfants est de 85 %, voire moins si la couverture est plus grande. C'est la vaccination « altruiste » qui profite à tout le monde.

2) Le sophisme de la probabilité inverse

 

Enfin, le sylvisme devrais-je dire, puisqu'il nous vient en ligne droite de Sylvie Simon.

elle [la rubéole] menace les femmes pendant les trois premiers mois de leur grossesse car le fœtus risque de naître avec de graves malformations. On oublie d’ajouter [...] que bien d'autres causes peuvent être responsables de malformations congénitales dont seules 10 % d’entre elles sont dues au virus de la rubéole.

Semaine européenne de la vaccination : La gravité de la rubéole

Pour une petite explication sur les notations utilisées en probabilité, lire le billet Probabilités inversées et propagande sur le blog de Sham and Science. Appliquons la recette aux propos de Sylvie Simon:

A=malformation congénitale
B=rubéole de la maman durant le premier trimestre de la grossesse

P(B|A)=10% ou encore la proportion de SRC parmi les malformations congénitales (à condition que Sylvie Simon nous donne le bon chiffre, mais peu importe ici)
P(A|B)= 90% la proportion de malformations congénitales pour une rubéole durant le premier trimestre. 

Parler de P(B|A) n'est pas pertinent pour expliquer ou dénoncer la vaccination contre la rubéole, mais c'est tentant pour un militant anti-vaccin de passer par ce sophisme/sylvisme. On fait croire à un risque plus faible qu'il ne l'est en réalité. Futé!

En conclusion

 

Comme dirait l'autre, y a pas photo... Ne soyons pas dupes... Les militants anti-vaccins devraient arrêter les estimations épidémiologiques et les calculs de probabilité. Ca ne leur réussit pas.

Rédigé par Julie

Publié dans #debunking, #Rubéole

Commenter cet article