Quand les anti-vaccins utilisent une calculatrice

Publié le 21 Juin 2013

Quand les anti-vaccins utilisent une calculatrice

Le discours des personnes opposées à la vaccination ROR (rougeole-oreillons-rubéole) est en général superficiel.


Il se résume essentiellement à dire « Si on établissait la balance bénéfices-risques, nul doute qu'elle serait en défaveur du vaccin », mais sans chercher établir cette fameuse balance. Une profession de foi (x) en somme (+)...

La tentative récente (20/04/2013) de Heidi Stevenson a donc particulièrement retenu mon attention :

http://gaia-health.com/gaia-blog/2013-04-20/cases-of-autism-dwarf-risk-from-measles/

Enfin, une personne opposée à la vaccination se décide à user de sa calculette! Elle tente, sur base d'hypothèses diverses, d'établir une comparaison entre

-le nombre de cas de rougeole et décès associés,

-le nombre d'enfants autistes et de morts subites du nourissons suite (cela va de soi) aux vaccinations contre les maladies infantiles,

pour l'année 2013 au Royaume-Uni.

Cas de rougeole et décès associés

Elle prend le nombre de cas pour le Pays de Galle de janvier à la date d'écriture (808 cas), l'extrapole à l'année (2681 cas). Elle oublie ensuite d'extrapoler à l'ensemble du Royaume-Uni, mais peu importe... Elle pourrait aussi se baser sur les données des années précédentes au lieu d'extrapoler, mais peu importe...

Elle considère un taux de létalité de 1/1000 cas de rougeole, et arrive donc à 3 décès attendus pour l'année en cours. C'est un raisonnement valable si le nombre de cas de rougeole et le taux de létalité étaient corrects. En fait le taux de létalité est entre 1/10000 et 1/1000, mais peu importe...

Enfin, notons qu'elle suppose que tous ces événements ont lieu dans une population vaccinée à environ 80 % contre les maladies infantiles. Elle aurait pu chercher les chiffres exacts tant qu'à faire, mais peu importe...

Bon jusque là, c'est brouillon et approximatif, mais peu importe, ce n'est pas trop mal. C'est ensuite que ca dérape. La première erreur qu'elle commet réside dans sa méthode de comparaison.

Attention à la méthode de comparaison !

Elle compare des événements (décès par rougeole et nombre d'enfants autistes par exemple) au sein d'une situation qui correspond à une couverture vaccinale (CV) donnée. Ce n'est pas de cette façon que l'on apprécie l'intérêt de la couverture en question. Il faut plutôt comparer deux situations correspondant à des couvertures vaccinales différentes (donc 80 % comme c'est à peu près le cas en réalité selon H. Stevenson, et 0 % comme elle en rêve surement).

Vous n'êtes pas convaincu? Prenons un exemple fictif:
Soit un potager de 100 salades.
Mettons que sans intervention du jardinier, 90 % des salades finissent entièrement mangées par les chenilles, ne laissant que 10 % de salades intactes pour la consommation.
Mettons que le jardinier intervient avec un produit anti-chenilles qui rend 20 % des salades jaunes et non commestibles.
Le jardinier (ou son comptable) va comparer le nombre de salades à manger en fonction du nombre de salades qu'il peut traiter.

Salades traitées sur 100 salades

Salade vertes et commestibles

Salades jaunes non commestibles

Salades mangées par les chenilles

0

10

0

90

10

17

2

81

20

24

4

72

30

31

6

63

40

38

8

54

50

45

10

45

60

52

12

36

70

59

14

27

80

66

16

18

90

73

18

9

100

80

20

0

Si le jardinier traite les 100 salades, il pourra en manger 80 (si il adore le salade).
Si il n'a les moyens financiers que pour traiter 90 salades et donc en manger 73, il le fera.
Si Heidi Stevenson arrive dans la potager et voit 18 salades jaunes pour 9 salades mangées par les chenilles, elle dira au jardinier (ou sur son blog...) qu'il est fou d'avoir traité ses 90 salades, parce que 18 c'est plus grand que 9, et qu'il aurait mieux fait de ne pas faire de traitement.
Le jardinier s'en fiche bien, il a 73 salades à manger au lieu de 10…

Enfants autistes

Passons sur l'amalgame entre autisme et trouble du spectre autistique pour nous ranger au taux de 1 enfant autiste pour 50 (2 %). A ce niveau, H. Stevenson ajoute comme hypothèse supplémentaire que cela n'arrive qu'aux enfants vaccinés. Cela fera 12600 nouveaux autistes pour l'année 2013 (à peu près 2 % de 80 % de 790000 enfants qui naissent par an).

Mettons-nous dans les baskets d'Heidi, supposons donc que ca n'arrive qu'aux vaccinés, et corrigeons son problème de méthode :

Elle ne doit pas comparer les 12600 cas d'autisme (salades jaunes) avec les 3 décès associés à la rougeole (salades rongées par les chenilles). Elle doit comparer les 12600 autistes ET les 3 décès à 80 % de couverture vaccinale (CV) avec les 0 autistes ET 790 décès à 0 % de CV. En effet, en l'abscence de programme de vaccination, le nombre moyen de cas de rougeole attendus est presque égal au nombre de naissances annuelles (790 000 pour le Royaume-Uni apparemment), ce qui mutiplié par le taux de létalité de 1/1000, donne 790 décès.

Elle pourrait donc comparer 790 décès avec 12600 enfants autistes, si elle dispose d'une échelle de valeur où ces choses sont comparables (ce qui n'est pas mon cas).

Les hypothèses, c'est gratuit!

La seconde erreur d' H. Stevenson est dans ses hypothèses concernant les risques des vaccinations. Hypothèses qui semblent sortir de nulle part.

En ce qui concerne la mort subite du nourisson, rappelons que ces derniers ne reçoivent pas les vaccins contre les maladies infantiles à leur naissance, donc prendre le chiffre annuel de MSN ne sert à rien, puisqu'une partie d'entre elles se produisent avant les vaccinations. De plus, atribuer toutes les MSN et tous les cas d'autisme à la vaccination contre les maladies infantiles est une chose que tous les anti-vaccins n'ont pas l'audace de faire...

Enlevons dans un premier temps les baskets d'Heidi pour chausser les bottes d'un anti-vaccin moyen. Pour ce dernier, il n'y pas que les vaccinations contre les maladies infantiles qui sont causes d'autisme, mais également toute les autres vaccinations (tant qu'à faire...). Donc l'anti-vaccin moyen dira peut-être que le risque est plus élevé chez les vaccinés contre les maladies infantiles que chez les non vaccinés contre les maladies infantiles. Imaginons que cet anti-vaccin moyen pose comme hypothèse : 2 % chez les premiers contre 1 % chez les seconds. Si il est au point niveau méthode, il se retrouvera à comparer :

  • 0,02 x 0,80 x 790000+0,01 x 0,20 x 790000= 12600+ 1600=14200 enfants autistes et 3 décès par rougeole, pour CV= 80 %,

avec

  • 0,01x1,00x790000=7900 enfants autistes et 790 décès par rougeole, pour CV= 0 %.

Enfin, enfilons les sandales de l'épidémiologiste lambda qui effectue la comparaison entre enfants vaccinés et enfants non vaccinés au sein d'une population. En épidémiologie, on ne peut pas exclure formellement une différence de risque entre deux groupes, mais on peut dire si la différence est ou non détectable avec la précision du moment. Mettons que l'épidémiologiste obtienne un risque équivalent pour les deux groupes, avec une précision de 0,01 % (je ne sais pas quelle est la précision actuellement, c'est une hypothèse pour les besoins de l'explication, peu importe(*)...). On aura dans le cas défavorable (vaccin méchant) que le taux d'autisme est de 2,01 % chez les vaccinés contre les maladies infantiles et de 1,99 % dans l'autre groupe. Cela mène à comparer :

  • 0,0201 x 0,80 x 790000+0,0199 x 0,20 x 790000= 12700+ 3100=15800 enfants autistes et 3 décès par rougeole, pour CV= 80 %,

avec

  • 0,0199x1,00x790000=15700 enfants autistes et 790 décès par rougeole, pour CV= 0 %.

En conclusion:

On comprend maintenant pourquoi Heidi Stevenson, l'anti-vaccin moyen et l'épidémiologiste arrivent à des conclusions différentes en ce qui concerne la balance bénéfice-risques. Ils ne comparent pas la même chose.

On récapitule:

 

 

Premier élément de comparaison

Second élémént de comparaison

Oui ou Non au vaccin?

Heidi Stevenson

12600 enfants autistes

3 décès

Non, vu son discours

Heidi Stevenson méthode corrigée

12600 enfants autistes

3 décès

0 enfants autistes

790 décès

Faudrait lui demander ...

Anti-vaccin moyen

14200 enfants autistes

3 décès

7900 enfants autistes

790 décès

Ca dépendra de son système de valeur

Epidémiologiste lambda, dans le cas défavorable

15800 enfants autistes

3 décès

15700 enfants autistes

790 décès

Oui

 

Il est inutile de disposer d'une calcultatrice si on ne sait pas quoi en faire...


(*) Petit addendum: un exemple d'étude épidémiologique datant de 2002

A population-based study of measles, mumps, and rubella vaccination and autism.

le risque d'autisme était en général de l'ordre de 0.06%.
Le risque relatif (avec intervalle de confiance à 95%) pour les vaccinés par rapport au non vaccinés était de 0.92 (0.68 - 1.24).
Donc le risque chez les vaccinés était de l'ordre de 0.055% (0.041-0.074)
Cela fait une précision de l'ordre de 0.015% ((0.074-0.0.041)/2) sur l'évaluation du risque.
Donc au lieu de prendre 2% et une précision de 0.01 %, on pourrait prendre 0.06% et une précision de l'ordre de 0.015%, ce qui est une précision assez faible, qui donnerait une différence visible entre les deux groupes.
Néanmoins, il ne faut pas oublier que ce niveau de précision faible résulte d'un intervalle de confiance à 95%. Le risque relatif a en effet plus de chance de valoir 0.92 (ou 0.85, ou 1.05 ...) que 0.68 ou 1.24.

Rédigé par Julie

Publié dans #Royaume-Uni, #debunking

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