Coqueluche: Introduction

Publié le 10 Février 2014

En guise d'introduction à cette série de billets consacrés à la coqueluche, j'ai choisi de discuter de certaines de ses similitudes et différences avec la rougeole et le tétanos. Ceci afin de mieux comprendre quel type de vaccin est utilisé et quel objectif est visé par un programme de vaccination de routine. Ceux qui souhaiteraient s'informer de façon plus directe peuvent se reporter au Guide des vaccinations 2012 des autorités de santé françaises ou à la note de synthèse de l'OMS.

 

La coqueluche (connue sous les noms de pertussis et whooping cough en anglais) est une infection respiratoire. Comme la rougeole, il s'agit d'une maladie hautement contagieuse, à réservoir humain, et qui se transmet par les gouttelettes émises via la toux, les éternuements, la parole. Tandis que l'agent pathogène de la rougeole est un virus, celui de la coqueluche est une bactérie appelée Bordetella pertussis. Une autre bactérie (Bordetella parapertussis) induit des symptômes similaires à la coqueluche, mais la maladie est alors moins sévère. Le point commun entre la coqueluche et le tétanos est qu'il s'agit de maladies dites toxiniques c'est-à-dire que la bactérie produit des toxines qui induisent les symptômes de la maladie.

 

Quel vaccin pour quel objectif ?

 

Le tétanos n'étant pas contagieux et n'ayant pas son réservoir chez l'homme, il serait vain de chercher à éradiquer la bactérie. La vaccination est dirigée directement contre la toxine produite par la bactérie et qui est la cause des symptômes. Pour assurer une (quasi) absence de cas de tétanos dans une population, c'est-à-dire contrôler la maladie, la vaccination de routine de toute la population doit être maintenue dans le temps. La vaccination est très efficace (à presque 100%) mais nécessite des rappels plus ou moins fréquents. Ces rappels ne sont pas toujours bien suivis par les adultes, ce qui explique que la maladie soit encore observée de temps à autre dans des pays tels que la France qui ont pourtant un accès facile au vaccin.

 

La rougeole est éradicable via la vaccination puisqu'on dispose d'un vaccin efficace dirigé contre le virus dont le réservoir est humain. L'efficacité de la vaccination après deux doses est proche de 100%. Si on empêche le virus de se répliquer et donc d'infecter d'autres individus, il finira par s'éteindre et la vaccination de routine deviendra inutile (cfr immunité de groupe). L'immunité conférée par l'infection naturelle et par la vaccination est de longue durée, des rappels de vaccination ne sont donc pas nécessaires. A noter que la seconde dose n'est pas un rappel, mais une occasion de développer une immunité chez ceux qui n'y sont pas parvenus avec la première dose. Bien que l'éradication mondiale de la rougeole ne soit pas encore envisagée concrètement, les outils et méthodes mis en place en vue de l'éradication de la polio seront d'une grande utilité le moment venu. Au niveau mondial, l'objectif actuel est la réduction du nombre de cas et des décès associés, essentiellement en Afrique et en Inde. L'élimination a déjà été réalisée pour la zone OMS des Amériques. L'Europe a également l'élimination de la rougeole pour objectif (la date butoir de 2015 semble néanmoins trop optimiste).

 

En ce qui concerne la coqueluche, bien que le réservoir de Bordetella pertussis soit strictement humain, une éradication (ou une élimination à un niveau plus local) de la maladie n'est pas à l'ordre du jour. Essentiellement, deux problèmes dominent:

  • L'immunité conférée par les différents types de vaccins qui ont été utilisés jusqu'à présent est limitée dans le temps. A noter que la durée de l'immunité induite par l'infection elle-même est également limitée et n'est pas beaucoup plus longue que celle induite par la vaccination. Cela implique la nécessité de rappels vaccinaux réguliers qui ne sont malheureusement pas très bien suivis par les adultes, même quand ils sont recommandés.
  • La vaccination n'est pas efficace à 100% (selon le guide des vaccinations 2012, l'efficacité des vaccins utilisés en France aujourd'hui est de l'ordre de 85%), alors que le seuil d'immunité de groupe pour cette maladie est du même ordre que pour la rougeole (environ 95%). Donc même une couverture vaccinale de 100% ne permettrait pas d'atteindre le seuil d'immunité de groupe.

D'autres considérations sont à prendre en compte:

  • Il faut plusieurs doses pour une primovaccination des nourrissons et des rappels réguliers pour maintenir la protection au cours de la vie. Il faut donc un système de santé bien organisé. C'est loin d'être le cas partout dans le monde.
  • La maladie est difficile à diagnostiquer dans sa phase la plus contagieuse, car elle ressemble alors à un simple rhume. Des mesures de contrôle en cas de flambées épidémiques sont donc susceptibles de ne pas être suffisantes. La sous-notification des cas est un problème majeur dans beaucoup de pays. Et on ne peut pas prétendre éradiquer ou éliminer une maladie sans une surveillance épidémiologique fiable.
  • Enfin, si les vaccins utilisés jusqu'à présent ont démontré leur efficacité à prévenir les formes graves de la maladie, et en particulier la toux, ils n'empêchent pas pour autant toute colonisation/infection des idividus par la bactérie. En effet, le vaccin ne confère pas d'immunité mucosale suffisante, alors que la bactérie entame son invasion du corps humain par la muqueuse des voies respiratoires. Néanmoins, il est raisonnable de supposer que la protection contre le développement de la toux limite fortement la possibilité de transmission de la bactérie à d'autres individus. C'est d'autant plus raisonnable que l'introduction de la vaccination des nourrissons et des jeunes enfants s'est bel et bien accompagnée d'une diminution de circulation de la bactérie chez les enfants.

Aujourd'hui, il faut donc se contenter de contrôler la maladie. Chaque pays a dès lors une stratégie de vaccination (une "politique vaccinale": rappels ou non, vaccination des femmes enceintes ou non, ...) qui correspond au degré de contrôle souhaité ou accesible). Cette politique peut s'adapter au cours du temps pour suivre l'évolution de l'épidémiologie (incidence, tranches d'âge concernées, ...) de la maladie.

 

En résumé:

 

Tétanos

Coqueluche

Rougeole

Maladie contagieuse à réservoir humain?

NON

OUI

OUI

Agent pathogène

Bactérie
(Clostridium Tetani)

Bactérie
(Bordetella Pertussis)

Virus
(virus de la rougeole, appartient au genre des morbillivirus)

Cause des symptômes

= cible du vaccin

Toxine (toxine tétanique) produite par la bactérie

Adhésines et Toxines produites par la bactérie ou présentes à sa surface

Le virus lui-même

Le vaccin empêche-t-il la transmission de l'agent pathogène?

Non applicable
(maladie non contagieuse)

Fortement
(hypothèse raisonnable)

OUI

Seuil d'immunité de groupe

Non applicable
(maladie non contagieuse)
 

95%

95%

Efficacité du vaccin

Quasi 100 %

Environ 85 %

Quasi 100%

Rappels nécessaires

OUI

OUI

NON

Objectif des programmes de vaccination de routine

Contrôle

Contrôle

Contrôle ou élimination selon les régions du monde
(voire éradication à l'avenir)

 

Dans les billets suivants, il sera question

Rédigé par Julie

Publié dans #Coqueluche, #Rougeole, #Tétanos

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