Les différentes formes de la Coqueluche

Publié le 17 Février 2014

Le tableau clinique de la coqueluche dépend de l'âge et du niveau de protection/immunisation de la personne infectée. On distingue la forme typique de l'enfant non immunisé (n'ayant jamais eu la maladie auparavant ou n'ayant pas été vacciné), celle du nourrisson de moins de 6 mois non immunisé et la forme atypique des enfants/ado/adultes bénéficiant d'une immunité résiduelle (post-vaccinale ou post-maladie).

 

Forme Typique:

 

Après une incubation d'une dizaine de jours, la maladie se présente d'abord comme un simple rhume avec une toux banale, le nez qui coule, des éternuements, une fièvre modérée. On parle de période d'invasion ou de phase catarrhale, qui dure 10 jours environ également.

 

Dans la phase suivante, la toux devient quinteuse, il s'agit alors fort logiquement de la phase quinteuse (ou phase paroxystique) :
Les quintes sont des accès répétitifs et violents de secousses expiratoires de toux sans inspiration efficace, entraînant une congestion du visage, voire une cyanose et finissant par une reprise inspiratoire sonore comparable au chant du coq. Les quintes sont épuisantes et s'accompagnent souvent de vomissements. La période des quintes dure 2 à 4 semaines, le sujet fait en moyenne 20 quintes par 24 heures au pic de la maladie.

 

Enfin vient la convalescence, qui dure aussi plusieurs semaines. Si les quintes cessent, la toux reste néanmoins présente (en cas d'effort par exemple).

Les différentes formes de la Coqueluche

La contagiosité est maximale durant la phase catarrhale et au début de la phase quinteuse. Le malade est contagieux jusqu'à 3 semaines après le début des signes de la maladie. C'est pourquoi un traitement par antibiotique est indiqué durant cette période. Après 3 à 5 jours de traitement, le malade n'est plus contagieux. Etant donné que les symptômes ne sont pas causés par la bactérie, mais par les toxines qui auront déjà été produites au moment du début du traitement, les antiobiotiques seront de peu d'utilité sur l'évolution de la maladie, à moins d'un diagnostic ou d'une suspicion précoce (en cas de contact avec un malade diagnostiqué par exemple):
Administré tôt, au début de la phase catarrhale, le traitement antibiotique permet parfois d'écourter la maladie, voire d'éviter la phase des quintes. Par contre, après le début des quintes, son effet sur l'évolution de la toux est nul.

L'immunité conférée par la maladie1 est de durée limitée:
La durée de la protection après maladie naturelle est estimée à 12-15 ans. Cependant après la maladie, elle diminue spontanément et rapidement avec le temps. Elle est susceptible de se renforcer à l'occasion de contacts avec un sujet malade et contagieux. Mais il ne faut pas oublier que l'on peut avoir 2 ou 3 fois la maladie pendant sa vie.

 

Forme du nourrisson de moins de 6 mois:

 

Les bébés, depuis la naissance, jusqu'à ce qu'ils puissent être protégés par leur propre vaccination, sont vulnérables. En effet, même si la maman a déjà eu la coqueluche ou été vaccinée avant la grossesse, la concentration en anticorps diminue tellement vite qu'il n'y aura pas de transfert suffisant d'anticorps maternels vers l'enfant, que ce soit durant la grossesse via la placenta ou au cours d'un éventuel allaitement. Pour qu'il puisse y avoir un transfert suffisant via la placenta, il faut que la future maman se fasse vacciner entre la 24ème et la 32ème semaine de grossesse, comme cela est d'ailleurs recommandé en Belgique depuis peu.

 

En ce qui concerne les symptômes généraux, les très jeunes bébés non immunisés ne présentent pas toujours le "chant du coq" après une quinte de toux, car ils n'ont pas nécessairement la force pour reprendre leur souffle après la quinte. On a récemment compris que des cas de coqueluche chez les nourrissons n'étaient pas reconnus/diagnostiqués à cause de l'absence de la toux quinteuse:
Les quintes typiques et l’inhalation bruyante font le plus souvent défaut. Les symptômes suggestifs sont : des accès récidivants d’apnées et la cyanose, les vomissements et une déshydratation. 

 

Au plus le bébé est jeune, au plus il risque de graves complications:
Les quintes de toux sont mal tolérées avant 3 mois et peuvent s'accompagner d'accès de cyanose (quintes asphyxiantes), d'apnées et de bradycardies profondes.
Mais aussi: pneumopathies de surinfection, défaillance polyviscérale.
Ou encore: inflammation et/ou lésions aux poumons, convulsions, hémorragies cérébrales et oculaires à la suite de quintes sévères, encéphalite coquelucheuse pouvant entraîner une paralysie et un retard psychomoteur, décès.
A noter que la survenue de la coqueluche chez les nourissons est sous-estimée et peut être impliquée dans la mort subite du nourrisson.

 

Comme dans le cas de la coqueluche typique, il n'y a pas de traitement à proprement parler de la maladie en elle-même. Les antibiotiques servent à limiter la contagion et l'hospitalisation est nécessaire pour prévenir et traiter les complications :
Les principaux progrès concernant le traitement de la coqueluche ont, en fait, été réalisés par la prise en charge hospitalière des nourrissons de moins de 6 mois. L'hospitalisation est justifiée pendant la phase aiguë à cet âge pour mettre en place une surveillance cardio-respiratoire et un nursing adapté : aspirations régulières, position proclive, fractionnement des repas voir gavage, oxygénothérapie...

 

Forme atypique:

 

Il s'agit d'une forme moins sévère rencontrée chez des individus qui possèdent une protection/immunité résiduelle post-vaccinale ou post-maladie :
Ainsi, chez les enfants et les adultes anciennement vaccinés, des tableaux de gravité variable sont possibles, allant de la forme typique à une toux banale et parfois de très courte durée.

 

Ces coqueluches "atypiques" ne sont pas toujours diagnostiquées car confondues avec d'autres infections respiratoires. Les malades non traités par antibiotiques restent, à leur insu, contagieux pour les personnes non protégées de leur entourage (bébés, enfants non immunisés, enfants et adultes à l'immunité résiduelle).

 

Complications et létalité en fonction de l'âge

 

De façon générale, les enfants et les adultes sont moins sujets aux complications de la coqueluche que les bébés. Les complications les plus courantes, et première cause de létalité de la coqueluche, sont les pneumonies bactériennes secondaires. Dans les pays développés (ex: USA), le risque de pneumonie est maximal pour les bébés de moins d'un an (environ 10%), et tend à décroître avec l'âge, sans pour autant disparaître chez les enfants et les adultes (entre 2 et 5%). Le risque d'hospitalisation suit une tendance similaire, mais avec une amplification plus forte du risque chez les plus jeunes.

Les différentes formes de la Coqueluche

En plus des complications respiratoires, la coqueluche peut également mener à des complications neurologiques telles que les convulsions (avec un taux de l'ordre de 1/100 tout âge confondu) et à des encéphalopathies (1/1000).

Les quintes peuvent aussi provoquer des fractures de côtes, rompre des vaisseaux sanguins ou entraîner des hernies.

Dans les pays développés, la létalité (nombre de décès rapporté au nombre de cas) est de l'ordre de 0,1-0,5/1000 chez les enfants qui font une coqueluche typique. Elle est de l'ordre de 5/1000 chez les nourrissons de moins de 6 mois, et le taux monte à environ 15/1000 pour les bébés de moins de 3 mois.

Dans les pays en développement, la létalité en dessous d'un an est estimée à près de 4% (ou encore 40/1000) et à 1% (10/1000) chez les enfants âgés de 1 à 4 ans. L'OMS estime que 300 000 décès par coqueluche se produisent chaque année de part le monde pour 50 millions de cas (ce qui donne une létalité globale de 6/1000).

 

Les différentes formes et complications de la coqueluche sont les conséquences de la façon dont la bactérie interagit avec l'hôte humain. On parle de pathogénèse. La pathogénèse de la coqueluche sera abordée dans le billet suivant.

 

1. On parle parfois d'immunité naturelle pour désigner l'immunité acquise après la maladie, bien que ce soit un abus de langage. En effet, il ne faut pas confondre cette immunité post-maladie (qui est donc une immunité spécifique) avec l'immunité innée non spécifique qui est parfois également appelée immunité naturelle.

Rédigé par Julie

Publié dans #Coqueluche

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