Allaitement VS Vaccinations: encore un faux dilemme!
Publié le 10 Août 2015
Les militants anti-vaccins qui conseillent aux parents de ne pas vacciner leurs enfants tiennent un discours contradictoire :
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d'un côté : les vaccins (alors supposés efficaces) empêchent les enfants de passer par la case maladie naturelle (supposée sans danger, voire bénéfique à l'enfant...)
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de l'autre : les maladies (alors craintes) sont évitables par d'autres moyens que les vaccins (qui sont alors supposés inefficaces et/ou trop dangereux), comme par exemple, l'allaitement maternel exclusif de longue durée.
Le faux dilemme
Le discours par rapport à la santé (rechercher ou éviter les maladies) ou par rapport à l'efficacité vaccinale (trop ou pas assez), est confus. On dirait bien que les antivaccinalistes ne savent pas trop sur quel pied danser. Leur seule « logique » est de vous faire renoncer aux vaccinations ! Tous leurs raisonnements découlent du rejet de l'outil de santé et non de la recherche de la santé elle-même.
Le commun des mortels raisonne dans l'autre sens et ne se prive pas des moyens/outils qui permettent d'éviter certaines maladies, qu'il s'agisse de la vaccination ou d'un autre moyen. On ne verra pas souvent quelqu'un de favorable au principe de la vaccination s'opposer à l'allaitement maternel au prétexte que les vaccinations le rendraient inutile. Tout comme il est inutile de choisir entre vaccination et frottis en ce qui concerne la prévention du cancer du col de l'utérus, il est vain de se forcer à choisir entre l'allaitement et les vaccinations pour assurer la santé de son enfant. Il ne faut pas tomber dans le piège du faux dilemme. On peut allaiter ET vacciner !
L'OMS recommande bien d'allaiter, mais aussi de vacciner. L'OMS n'a en aucun cas indiqué que l'allaitemment pouvait retarder ou se substituer à la vaccination.
L'immunité (en simplifiant un peu beaucoup)
On distingue l'immunité innée (non spécifique) et l'immunité acquise (spécifique).
L'immunité innée comprend les barrières physiques comme la peau et les muqueuses, ainsi que la réponse inflammatoire. C'est une réponse immédiate à une agression par un agent pathogène (virus, bactérie, toxines, ...) qui ne varie pas en fonction de l'agent pathogène. Elle n'est donc pas toujours d'une grande efficacité. Les agents pathogènes peuvent d'ailleurs la surmonter (ex : la coqueluche est très douée à ce petit jeu) et l'individu peut alors présenter divers symptômes. Il est malade !
L'immunité acquise est plus lente lorsqu'il s'agit du premier contact de l'individu avec un agent pathogène. Elle ne se met en place qu'après la réponse innée, mais elle est spécifique à l'agent pathogène combattu, ce qui la rend plus efficace. Elle comprend, entre autres, la production d'anticorps visant spécifiquement le virus, la bactérie,… Une fois l'individu rétabli, les anticorps produits en excès perdurent plus ou moins longtemps. Des cellules immunitaires ayant mémorisé l'identité de l'intrus restent en attente,... Au cours d'un second contact avec l'agent pathogène, l'immunité acquise pourra s'exercer plus vite qu'au cours du premier contact et ainsi éviter à l'individu d'être malade (pas ou peu de symptômes).
L'intérêt de la vaccination est de se substituer au premier contact avec l'agent pathogène pour entraîner le système immunitaire et créer une immunité acquise spécifique.
On distingue également l'immunité active et l'immunité passive.
L'immunité acquise est une immunité dite active, car elle est obtenue par le travail du système immunitaire de l'individu. Il existe aussi une immunité passive qui peut être donnée à un individu sans que son système immunitaire ait à faire le « travail ». Par exemple :
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Les injections de sérum antitétanique , éventuellement administrées en cas de blessure, confèrent une immunité spécifique passive. Il ne faut donc pas confondre le sérum avec le vaccin, vaccin qui peut aussi être administré en cas de blessure pour créer une immunité spécifique active avant la fin de la période d'incubation...
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Au cours de la grossesse, une immunité passive spécifique peut être transmise au futur bébé grâce au passage d'anticorps via la barrière placentaire, essentiellement pendant le troisième trimestre. Ce sont les anticorps de type G, (IgG, associés à la circulation générale) qui sont concernés par ce transfert. On parle de protection materno-fœtale. Bébé n'a donc pas encore produit ses propres cellules mémoires productrices d'anticorps et la quantité d’anticorps transférés est limitée. La durée de cette immunité passive est donc bien plus courte que celle de l'immunité active (quelques semaines/mois contre des années/décennies).
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L'allaitement maternel (colostrum des premiers jours et lait maternel par la suite) participe également à l'immunité passive du bébé, toujours par un transfert d'anticorps spécifiques. Ce sont des IgA essentiellement cette fois, c'est-à-dire les anticorps associés aux muqueuses. Dans le lait maternel, les IgG sont en quantité négligeable.
Les différents types d'anticorps: les IgG sont transmis via la barrière placentaire, les IgA par l'allaitement. (http://bioatla.com/educational-appendix/antibody-isotypes/, https://en.wikipedia.org/wiki/Antibody)
Immunité |
non spécifique |
spécifique |
Active
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Barrière cutanée, muqueuses, réponse inflammatoire
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Production d'anticorps et de cellules mémoires
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Passive
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Transmission d'agents de protection non spécifiques produits extérieurement à l'individu
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Transmission d'anticorps spécifiques produits extérieurement à l'individu
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Conclusion
Les antivaccinalistes ont parfois tendance à présenter l'allaitement comme un vaccin naturel, ce qui est erroné à deux titres :
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Il ne fournit que peu de protection spécifique. Les antivaccinalistes confondent l'apport de l'allaitement avec celui du transfert placentaire en faisant un amalgame entre les deux types de protection donnée par la maman à son bébé,
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Il ne fournit pas de protection spécifique de longue durée.
Tout cela ne veut pas dire que l'allaitement est inutile du point de vue immunologique (nous verrons dans un prochain billet le rôle non négligeable qu'il peut jouter dans le cadre des infections à rotavirus ou à Hib par exemple). Mais on ne peut en aucun cas le présenter comme un moyen de substitution aux vaccinations !
Prochain billet : L'intérêt de l'allaitement pour les maladies à prévention vaccinale ?
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