"Laissons-faire la sélection naturelle" : Argument erroné et contraire à l'éthique !

Publié le 11 Février 2015

Parfois on peut lire ce type d'argument provenant de personnes favorables à la vaccination :
"Laissons-faire la sélection naturelle, ainsi, les anti-vaccinations disparaîtront peu à peu..."
"Que les anti-vaccinations continuent à ne pas vacciner les leurs, on en sera ainsi débarrassés..."
Humour ? Le plus souvent, mais le doute persiste à l'occasion.
"Laissons-faire la sélection naturelle" : Argument erroné et contraire à l'éthique !

Evidemment, l'antivaccinalisme n'est pas un trait héréditaire. Pas plus que le choix de sa couleur préférée, de son orientation politique ou de sa religion. Donc pas de sélection naturelle à l'horizon. Et quand bien même on admettrait l'idée que les anti-vaccinations sont majoritairement issus de couples anti-vaccinations par l'influence de l'éducation (ce qui pourrait être en partie vrai, particulièrement lorsque l'opposition à la vaccination est d'origine religieuse), il y a quand même un ou deux "légers problèmes" qui rendent l'argument éthiquement inacceptable.

Tout le monde ne peut pas être vacciné.

En choisissant de ne pas vacciner son enfant, on lui fait porter un risque inutile vis-à-vis de diverses pathologies, de leurs complications et de leur létalité, alors que ce risque est évitable. Mais ce risque ne touche pas que son enfant. Cette décision de ne pas vacciner a des répercussions sur d'autres (1), car nous vivons en communauté.

- Les bébés, alors qu'ils sont plus à risque de graves complications voire de décès pour certaines maladies, sont encore trop jeunes pour être protégés. Par exemple, la vaccination ne commence qu'à deux mois pour la coqueluche, à un an pour la rougeole,...

- La vaccination n'est pas toujours efficace à 100%. Les personnes chez qui la vaccination aura échoué seront également plus exposées aux risques liés aux maladies si la couverture vaccinale n'est pas assez élevée pour obternir une immunité de groupe

- Certains enfants ont une réelle contre-indication à la vaccination (c'est-à-dire pour des raisons médicales). Ces enfants, si la couverture vaccinale n'est pas suffisante, peuvent entrer en contact avec un pathogène contre lequel ils n'auront pas eu l'occasion de développer des défenses et vis-à-vis desquels ils sont peut-être plus fragiles que le reste de la population.

En voici quelques exemples parlants :

- Comme dans cette crèche en 2014 où 28 enfants, trop jeunes pour être vaccinés, sur 34 ont eu la rougeole. Neuf ont été hospitalisés.

- Comme ces enfants ou ceux-là ou ici décédés de la coqueluche car trop jeunes pour être vaccinés.

"Laissons-faire la sélection naturelle" : Argument erroné et contraire à l'éthique !
Avoir raison, mais à quel prix ?

On peut espérer que les pro-vaccinations sont mus par leur désir de voir le moins possible de gens souffrir ou décéder à cause des maladies à prévention vaccinale et que ce souhait concerne tout le monde de façon indifférente.

Nous ne souhaitons le tétanos à aucun adulte anti-vaccinations, pas plus que nous ne souhaitons à des parents anti-vaccinations de devoir amener leur enfant atteint de rougeole aux urgences. Bien sûr, cela démontrerait le bien fondé de la position pro-vaccinations, mais à quel prix ? Peut-on se réjouir d'un décès qui permettrait une prise de conscience menant à sauver d'autres vies ? Ce serait absurde.

En quoi les enfants sont responsables des décisions de leur parents ?

Des enfants paient parfois lourd le mauvais choix de leurs parents comme cet enfant, non vacciné, ayant contracté le tétanos. Les parents témoignent d'ailleurs courageusement de leur erreur. Autre exemple avec cet enfant, non vacciné, décédé de la coqueluche à 6 mois. Aucune raison de se réjouir...

Cautionner d'éventuels décès dans la population anti-vaccinations est éthiquement indéfendable. Tout comme cautonnier tout décès d'un enfant suite à l'irresponsabilité de ses parents. Personne ne dira : "Cool pour cet enfant, la sélection naturelle opère..."

Alors pourquoi dans le contexte de la vaccination, pourrions-nous accepter que la sélection naturelle opèrerait, qu'un enfant décèderait ? La société n'a t'elle pas le devoir de protéger n'importe quel enfant ?

Une façon de s'en laver les mains ?

Cautionner l'argument de la sélection naturelle n'est-ce pas se dédouaner de nos propres responsabilités ? On ferme les yeux, on reste les bras croisés et on compte les morts... Et on en oublierait presque de vérifier si on n'est pas soi même négligeant vis-à-vis de son propre statut vaccinal.

Combien de ceux qui utilisent l'argument de la sélection naturelle sont à jour de leur vaccination contre la coqueluche par exemple ? Avec un vaccin qui est efficace à environ 80% et une couverture vaccinale des bébés proche de 100% dans nos pays, en dépit des quelques pourcents de parents contestataires, il est évident que les adultes non à jour de vaccination comptent tout autant si pas plus que les parents anti-vaccinations dans la balance...

Les enfants, issus de parents anti-vaccinations, ont le droit à la protection. Les parents n'ont pas un droit de vie ou de mort sur leurs enfants. Et la société entière doit veiller à la protection de tous les enfants. La défense de la vaccination est l'affaire de tous.

(1) Pour toutes les maladies hormis pour le tétanos où seule l'immunité personnelle compte. Le tétanos ne se transmettant pas entre humains, on ne peut compter que sur sa propore immunité pour l'éviter.

Rédigé par Louise

Publié dans #Guest

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anne 29/05/2015 15:11

Merci pour cet article. Vous avez totalement raison.
les articles que vous avez rapportés sont " effrayants". J'ignore pourquoi le ministére de la santé n'informe pas mieux les parents, futurs parents etc...