Vaccination HPV : observations de terrain (2)

Publié le 13 Avril 2014

Sur ce blog, le sujet de la vaccination HPV a été abordé à deux reprises. Une première fois dans le but d'expliquer qu'il était dommage d'opposer les frottis avec la vaccination, créant ainsi un faux dilemme. La seconde fois, j'avais choisi de parler des études qui rendaient compte des résultats sur le terrain de la vaccination HPV. Après avoir expliqué brièvement l'histoire naturelle de l'infection à HPV, j'avais donc présenté les résultats de 12 études publiées entre 2009 et 2013. Ces études avaient été menées aux USA, en Australie, en Grande-Bretagne et en Suède. Elles concernaient la prévalence des infections à HPV,  des condylomes, ou des lésions précancéreuses.

 

Je vais maintenant procéder à une mise à jour de cette liste d'études de terrain en y incluant cinq études publiées entre 2012 et 2014. Elles concernent les USA, l'Australie et le Danemark et seront numérotées de 13 à 17 dans le tableau suivant.

 

Evènement

Pays

Auteur

Année de publication

Infections à HPV

USA

Markovitz

2013

1

Kahn

2012

2

Australie

Tabrizi

2012

3

Grande-Bretagne (Angleterre)

Mesher

2013

4

Condylomes

USA

Bauer

2012

5

Flagg

2013

6

Australie

Fairley

2009

7

Read

2011

8

Donovan

2011

9

Suède

Leval

2012

10

Leval

2013

11

Danemark

Baandrup

2013

15

Blomberg

2013

16

Lésions précancéreuses

Australie

Brotherton

2011

12

Crowe

2014

14

USA

Powell

2012

13

Danemark

Baldur-Felskov

2014

17

 

(13) USA, prévalence des lésions précancéreuses

 

Impact of human papillomavirus (HPV) vaccination on HPV 16/18-related prevalence in precancerous cervical lesions.

Powell et ses collègues, 2012, Vaccine

 

Dans cette étude, les auteurs s'intéressent au statut vaccinal de femmes chez qui une lésion grave de type CIN2 ou pire (on note CIN2+) a été diagnostiquée. Entre 2008 et 2011, des femmes de 18 à 31 ans diagnostiquées CIN2+ ont été signalées dans le cadre d'un projet de surveillance de l'impact de la vaccination HPV (HPV-IMPACT) par les laboratoires participants.

 

Sur les 5083 cas de CIN2+ signalés, le statut vaccinal de 3855 d'entre eux a été vérifié. 1900 avaient un historique de vaccination documenté. Parmi les femmes vaccinées et qui ont commencé la vaccination plus de 2 ans avant leur frottis positif, il y a eu significativement moins de CIN2+ dues à des HPV16/18 (HPV vaccinaux) que chez les femmes non vaccinées. Ces résultats préliminaires suggèrent un effet précoce de la vaccination HPV sur les infections correspondantes, mais une évaluation plus approfondie est nécessaire.

(14) Australie, prévalence des lésions précancéreuses

 

L'étude n°3 nous avait appris que l'introduction de la vaccination HPV en 2007 en Australie s'était accompagnée d'une diminution de la prévalence des infections à HPV vaccinaux, en particulier chez les filles vaccinées. Les études n°7, 8 et 9 avaient démontré une forte diminution de la prévalence des condylomes. Enfin, l'étude n°12 datant de 2011 indiquait une diminution de la prévalence des lésions précancéreuses chez les plus jeunes. Mais cette conclusion était à prendre avec prudence, au vu des limitations méthodologiques de cette dernière étude. Une étude récente (mars 2014) apporte de nouveaux éléments concernant les lésions précancéreuses:


Effectiveness of quadrivalent human papillomavirus vaccine for the prevention of cervical abnormalities: case-control study nested within a population based screening programme in Australia

Crowe et ses collègues, 2014, British Medical Journal

 

Il s'agit d'une étude de cas-témoins concernant toutes les femmes de l'état du Queensland se présentant à un premier frottis entre le 1er avril 2007 et le 31 mars 2011 et qui ont ou auraient pu bénéficier d'une vaccination remboursée dans le cadre du programme national de rattrapage (c'est-à-dire les femmes nées entre juillet 1980 et juillet 1997). Le statut vaccinal de chaque femme a été obtenu à partir des registres de population.

 

Les jeunes femmes ont été classées selon 3 statuts selon le résultat du frottis:

  • 1062 cas de haut grade, pour les femmes qui présentaient une lésion cervicale de haut grade (CIN2/3 ou pire),
  • 10 887 autres cas, pour les femmes qui présentaient une lésion de bas grade (CIN 1), ou toute autre anomalie,
  • 964 404 cas contrôles, pour les femmes n'ayant pas de problèmes.

 

Les résultats sont exprimés en termes de risques relatifs:

  • Le risque relatif pour les femmes vaccinées avec 3 doses par rapport aux femmes non vaccinées est de 0.54 (95% CI: 0.43 , 0.67) pour les cas de haut grade. Soit une réduction relative du risque, ou efficacité vaccinale, de 46%.
    Le risque relatif est de 0.66 (95% CI: 0.62 , 0.70) pour les autres cas (efficacité vaccinale de 34%).
    Il faut vacciner (3 doses) 125 femmes (95% CI: 97 , 174) pour éviter 1 « cas de haut grade » au premier  frottis, et 22 femmes (95% CI: 19 , 25) pour éviter 1 « autre cas ».
  • Pour les femmes vaccinées avec deux doses, le risque relatif est de 0.79 (95% CI: 0.64 , 0.98) pour les cas de haut grade et de 0.79 (95% CI: 0.74 , 0.85) pour les autres cas, indiquant une efficacité vaccinale de 21%.
  • Pour les femmes vaccinées avec 1 dose, aucune efficacité statistiquement significative n'a été mise en évidence.

 

Le vaccination quadrivalente (2 ou 3 doses) confère donc une protection statistiquement significative contre les anomalies cervicales chez les jeunes femmes qui n'avaient pas commencé les frottis avant l'introduction du programme de vaccination dans le Queensland.

 

L'efficacité vaccinale évaluée par cette étude est une efficacité « tout HPV confondus » et non vis-à-vis des seuls HPV vaccinaux. De plus, des femmes infectées préalablement à la vaccination ont certainement été incluses dans l'étude, puisque les informations sur les antécédents sexuels n'étaient pas connus. Dans ces conditions, et étant donné que les souches HPV 16 et 18 sont responsables d'environ respectivement 25% et 50% des lésions de bas et de haut grade, cette étude indique une bonne efficacité vis-à-vis des HPV vaccinaux, similaire à la bonne efficacité dégagée au cours des études cliniques.

(15, 16 et 17) Danemark, prévalence des condylomes et des lésions précancéreuses

 

Le vaccin quadrivalent a été mis sur le marché en octobre 2006 au Danemark. En 2009, il a été recommandé pour les jeunes filles de 12 ans. Les premières à être concernées par la recommandation étaient donc les filles nées dans les années 1996 et 1997. Pour celles nées précédemment (cohortes de naissances de 1993 à 1995), une vaccination de rattrapage remboursée a été proposée. Les filles et femmes nées auparavant, ainsi que les garçons et les hommes peuvent se faire vacciner, mais à leurs frais. La couverture vaccinale (au moins une dose) est d'environ 90% chez les filles pour qui le vaccin était remboursé, et de moins de 30% chez celles pour qui il ne l'était pas.

 

Une étude écologique concernant les condylômes a d'abord été publiée en février 2013:

 

Significant decrease in the incidence of genital warts in young Danish women after implementation of a national human papillomavirus vaccination program.     

Baandrup et ses collègues, 2013, Sexually Transmitted Deseases

 

Les auteurs ont déterminé l'incidence des condylomes depuis 1996, et en particulier depuis l'introduction du vaccin sur le marché en octobre 2006.

 

Leur incidence chez les femmes a augmenté significativement jusqu'en 2007, suivie par une déclin annuel moyen de 3.1% (IC 95 %: -5.5% , -0.7%). Chez les hommes, l'incidence a augmenté de 6,2% par an depuis 2004 (IC 95 %: 4.6% , 7.8%).           
Une stratification des résultats en fonction de l'âge a montré que le déclin significatif n'était observé que chez les jeunes femmes, en particulier chez celles âgées de 16 à 17 ans et qui étaient donc aussi celles chez qui la couverture vaccinale était la plus élevée. Chez ces dernières, les condylomes ont été virtuellement éliminés (variation annuelle moyenne de -45.3%, IC 95 % -55.8%, -33,3%).

 

Ensuite, deux études de cohortes ont été réalisées, l'une concernant les condylomes, et l'autre concernant les lésions précancéreuses:

 

Strongly decreased risk of genital warts after vaccination against human papillomavirus: nationwide follow-up of vaccinated and unvaccinated girls in Denmark.

Blomberg et ses collègues, 2013, Clinical Infectious Deseases

 

Early Impact of Human Papillomavirus Vaccination on Cervical Neoplasia--Nationwide Follow-up of Young Danish Women.      

Baldur-Felskov et ses collègues, 2014, Journal of the National Cancer Institute

 

Dans ces deux études, toutes les femmes nées au Danemark entre 1989 et 1999 ont été identifiées, ainsi que leur statut vaccinal dans la période allant de 2006 à 2012, à partir des registres nationaux.

 

La première étude conclut à un risque relatif (Hazard Ratio dans le tableau ci-dessous) de condylome pour les filles vaccinées avec au moins un dose, par rapport aux filles non vaccinées, de 0.12, 0.22, 0.25 et 0.62 pour les filles nées en 1995-1996, 1993-1994, 1991-1992 et 1989-1990, respectivement. Aucun condylome n'a été encore enregistré parmi les filles vaccinées nées de 1997 à 1999, leur risque relatif n'est donc pas mathématiquement défini.

Vaccination HPV : observations de terrain (2)

L'efficacité (en pourcent) de la vaccination peut être définie comme étant de 100 x (1-risque relatif). L'efficacité vaccinale était donc de 88%, 78%, 75% et 38% pour les filles nées en 1995-1996, 1993-1994, 1991-1992 et 1989-1990, respectivement. La vaccination était donc d'autant plus efficace qu'elle était administrée tôt dans la vie des jeunes filles, c'est-à-dire avant le début de leur vie sexuelle.

 

Cette réduction forte et statistiquement significative de l'incidence des condylomes chez les filles vaccinées est le signe d'un effet rapide et marqué du programme national de vaccination au niveau de la population. Au vu de ces résultats, on peut s'attendre à une effet similaire en ce qui concerne les lésions précancéreuses.

 

C'est ce qui a été démontré par la seconde étude. Les résultats sont donnés soit pour les « atypies ou pire », soit pour les lésions graves (CIN2/3), et pour les différentes cohortes de naissances. Les résultats sont présentés dans les tableaux ci-dessous.

Vaccination HPV : observations de terrain (2)

Par exemple, le risque d'atypie ou pire et de lésions graves (CIN2/3) est significativement réduit chez les femmes vaccinées des cohortes de 1991 à 1994. Aucun évenèment ne s'est produit dans les cohortes de 1997 à 1999, donc le risque relatif n'a pas pu être établi. Encore une fois, l'efficacité de la vaccination (1-HR) est d'autant plus grande (HR d'autant plus petit) qu'elle est administrée tôt dans la vie des jeunes filles. Cette étude montre que 6 ans après la mise sur le marché du vaccin quadrivalent, un risque réduit de lésions cervicales a été observé au niveau de la population danoise.

 

Conclusion :

Nous n'avons pas appris grand chose de nouveau concernant l'efficacité du vaccin vis-à-vis des condylomes, efficacité qui était déjà bien établiee par les études indiquées dans le billet précédent. Par contre, en ce qui concerne les lésions précancéreuses, les études indiquées ici sont d'un grand intérêt. Elles démontrent l'efficacité sur le terrain de la vaccination HPV. Elles démontrent également que les autorités avaient vu juste en recommandant cette vaccination.

Rédigé par Julie

Publié dans #HPV, #Actualité

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