Etat de la vaccination en France

Publié le 13 Juin 2013

Le 14 mars 2013, le quotidien du médecin titrait La vaccination en France toujours à la baisse. Depuis, cette info fait un peu le tour de la toile, et est reprise selon deux angles différents.
  • D'un côté les opposants à la vaccination fanfaronnent («les français se réveillent, ne croient plus à la propagande vaccinaliste, l'ère vaccinaliste est derrière nous»)
  • De l'autre les médias généralistes s'alarment («c'est une catastrophe, on ne vaccine plus de nos jours, en dépit des campagnes d'informations officielles en faveur de la vaccination»).
Bref, tout le monde semble avoir compris la même chose et s'en réjouit ou s'en inquiète.

Je reste perplexe face à ces angles de traitement de l'information. Oui, l'opposition à la vaccination grandit et c'est inquiétant. Mais quand le bonzaï grandit, il ne fait pas de l'ombre au sequoïa. Et pour chaque personne qui devient anti-vaccin primaire en réaction à la « propagande vaccinaliste »/campagnes d'informations, combien de personnes se mettent à jour de vacccination? (*)

Reprenons un peu l'article du quotidien du médecin pour tirer les choses au clair.

Selon les chiffres publiés par IMS Health,les ventes de vaccin ont fortement baissé l’an passé en France, ce qui confirme « une tendance antérieure bien établie », la période 2008-2012 ayant enregistré une diminution de 12 % (en unités). Toutes les catégories de vaccins sont concernées, y compris les vaccins pédiatriques :
- 6,5 % pour l’hépatite B, - 26 % pour le méningocoque, - 2 % pour le pneumocoque, - 8 % pour le tétanos et - 1,6 % pour les associations avec une valence antitétanique, - 23 % pour la typhoïde, - 40 % pour la rougeole et - 11 % pour l’association ROR.

Le quotidien du médecin rapporte les chiffres de IMS Health, une entreprise de conseil pharmaceutique. La vente d'unités de vaccins est un renseignement intéressant, mais n'indique pas directement la couverture vaccinale d'une population. C'est un élément parmi d'autres qui permet de l'évaluer.
On peut se référer aux explications de l'INVS (Institut National de Veille Sanitaire) sur la mesure de la couverture vaccinale en France : vous pouvez télécharger le rapport et sa synthèse de l'INVS.
Le rapport INVS donne en page 27 un tableau des ventes de vaccins entre 2004 et 2011 (Comptabilisées par le GERS, Groupement pour la réalisation et l'élaboration d'études statistiques)

Etat de la vaccination en France

En ce qui concerne l'hépatite B pour les enfants, on observe une progression de 113 % entre 2004 et 2011. Je ne vois pas très bien où serait la tendance à la baisse pour la période de 2008-2012 indiquée par IMS Health. A moins que IMS Health ne parle pas que des vaccins pédiatriques mais aussi adultes, ce qui serait source de confusion? Qu'en prenant les vaccins Hépatite B enfant et adultle on observerait une tendance à la baisse ? Ce ne serait pas un problème, puisque la vaccination des bébés remplace progressivement celle des adultes, vu l'évolution des recommandations. Ce qu'on a vraiment besoin de savoir, c'est si les personnes visées par les recommandations sont ou non vaccinées. Le rapport INVS précise dans ses conclusions que la couverture vacicnale contre l'hépatite B reste insuffisante mais en progression.

La comparaison pour les autres vaccins n'est pas possible non plus. Les données pour la rougeole et le ROR ne sont pas compatibles. On le voit, on ne peut pas faire grand chose des chiffres de IMS Health tels qu'ils sont rapportés par le Quotidien du médecin.
Le mieux est encore de s'en tenir aux conclusions de l'INVS qui fait la synthèse des différentes sources d'informations (pas seulement des ventes en pharmacies d'ailleurs) :

Concernant les données de couverture vaccinale
En 2012, les objectifs de couverture vaccinale fixés par la loi de santé publique n’étaient pas atteints pour la plupart des vaccinations pour lesquelles des données de couverture vaccinale étaient disponibles. De façon générale, les vaccinations recommandées peuvent être classées dans quatre grands groupes : Couvertures vaccinales élevées pour lesquels les objectifs de santé publique ont été atteints: diphtérie, tétanos, poliomyélite, coqueluche et haemophilus infuenzae b chez l’enfant.Couvertures vaccinales insuffisantes et plutôt stables : vaccin HPV chez la jeune fille, rappel coqueluche de l’adolescence, RRO première dose, rappels DTP décennaux de l’adulte. Le BCG chez les enfants à risque de tuberculose peut être classé dans ce groupe, mais il constitue un cas à part du fait des modifications très récentes de la politique vaccinale pour ce vaccin.Couvertures vaccinales insuffisantes et en baisse : grippe saisonnière. Couvertures vaccinales insuffisantes mais en progression : RRO deuxième dose, hépatite B. Peuvent être inclus dans ce groupe deux autres vaccins d’introduction récente : vaccin anti- méningocoque C, et vaccin pneumocoque conjugué. Pour ce dernier vaccin, la forte progression observée récemment laisse espérer l’atteinte prochaine de l’objectif de santé publique d’un niveau de couverture à 24 mois d’au moins 95 %.
Vraiment, ces angles « journalistisques » me laissent perplexes ...

(*) le fait que, en dehors de la vaccination pour la grippe saisonnière, la diminution de la négligence compense l'augmentation de l'opposition, est également vérifié en Australie

www.slideshare.net/JulieLeask/vaccine-acceptance-and-advocacy

Rédigé par Julie

Publié dans #France

Commenter cet article

Zoélie F. 14/06/2013 18:20

Merci pour ce bel article !
La réalité de la vaccination n'est ni toute noire ni toute blanche.
Pour en percevoir les nuances et les évolutions, il faut prendre le temps d'aller chercher les informations à la source et de les analyser. Tout le monde n'en a malheureusement pas le temps ou la compétence.
Dommage que les journalistes n'effectuent pas ce travail pour leurs lecteurs.