Les inquiétudes des médecins homéopathes (et des pharmaciens: mise à jour)

Publié le 30 Janvier 2014

Dans le flux RSS du jour, cette petite perle :
Inquiétude aux 3èmes Assises du médecin homéopathe

On peut y lire un extrait du communiqué de presse du Syndicat National des Médecins Homéopathes Français (SNMHF), à l'occasion des 3 èmes assises du médecin homéopathe :

Cette année, le temps fort de cette journée, sera le projet de définition de normes de pratique et de prescription de l’homéopathie lancé par la Commission européenne de normalisation.

L’homéopathie doit-elle être codifiée par des normes au risque d’y perdre sa spécificité – voire son âme - fondée sur l’individualisation de l’approche thérapeutique ? En réalité, cette recherche d’harmonisation européenne est une nécessité. En France, l’homéopathie est une pratique médicale - reconnue par l’Ordre des médecins depuis 1997 - qui ne peut être pratiquée que par des médecins ayant reçu une formation complémentaire. Mais cette protection pourrait, à terme, n’être qu’une sorte de ligne Maginot que les tenants d’une homéopathie non médicale pourraient contourner à la faveur d’une directive européenne. En effet, il faut savoir qu’en matière d’homéopathie, parmi les 28 Etats de l’Europe, c’est – si on peut dire – l’auberge espagnole. On y trouve toutes les situations possibles et imaginables. Dans certains pays, l’homéopathie n’est pas une pratique médicale et tout le monde peut s’autoproclamer homéopathe.

Dans d’autres, c’est une pratique médicale mais non reconnue légalement. Dans d’autres encore, c’est une pratique médicale reconnue mais non prise en charge par les systèmes de financement obligatoires. Dans d’autres enfin, la prescription d’homéopathie par un médecin peut entraîner sa radiation de l’Ordre des médecins.

SNMHF

Privilèges et Monopole

En clair ? Le SNMHF craint la concurrence qui pourrait éventuellement être exercée par des homéopathes non médecins. Dans la suite du communiqué, la protection du patient est prise comme prétexte à ce positionnement contre ce qui est appelé l' ”homéopathie non médicale”. Mais les patients sont parfois demandeurs d'homéopathes non médecin, d'homéopathie non médicale. Les discussions récentes en Belgique concernant la restriction de la pratique de l'homéopathie aux seuls médecins a d'ailleurs fait jaser dans certaines chaumières. Alors que les médecins homéopathes argumentent volontiers sur la liberté de choix thérapeutique du patient pour justifier leur pratique de l'homéopathie, il ne reconnaissent plus ce droit au patient une fois que ce n'est plus à eux, les médecins, de l'exercer! La protection évoquée n'est peut-être finalement que celle des privilèges des médecins homéopathes et de leur monopole sur la clientèle.
 


Privilèges qu'il faut aussi disputer à d'autres médecins!

Le syndicat affirme que seuls les médecins ayant reçu une formation complémentaire peuvent pratiquer l'homéopathie. Par formation complémentaire, il faut comprendre un DU ou un DIU, Diplôme Universitaire ou InterUniversitaire, qui ne sont pas des diplômes nationaux.

Or, l'homéopathie n'est pas une spécialité, mais un exercice particulier de la médecine. Un médecin peut se déclarer “homéopathe” auprès de l'Ordre des Médecins sans aucune formation complémentaire, comme on peut le constater directement à partir du site du Conseil de l'ordre: Titres et mentions autorisés sur les plaques et ordonnances.
Rien de particulier n'est requis pour "faire homéopathe”, là où au contraire l'exercice de l'acupuncture requiert une formation complémentaire.

Au passage, cela donne une idée du sérieux avec lequel l'Ordre des Médecins considère l'homéopathie. Un médecin peut prescrire n'importe quoi à n'importe qui, l'Ordre s'en fiche si c'est de l'homéopathie. Si on ne peut pas jouer n'importe comment avec des aiguilles, on fait ce qu'on veut avec les granules.


Mais voilà, si vous êtes un médecin homéopathe “formé”, vous avez intérêt à tenter de mettre les médecins homéopathes “auto-proclamés” sur le banc de touche, en les faisant passer pour moins compétents.
Quitte à dénigrer le droit du patient à opter pour un médecin homéopathe non formé.
Quitte à exagérer les exigences de l'Ordre des Médecins.

De toute façon, quand on est homéopathe, on en est pas à ça près.
 

Mise à jour du 11/02/2014: Le feuilleton continue!


Maintenant, c'est au tour du Syndicat national de la préparation de l’homéopathie (SNPH), un syndicat de pharmaciens favorables à l'homéopathie, d'entrer en scène. Ils sont en désaccord avec le syndicat des médecins. On peut le comprendre quand on sait que les préparations homéopathiques peuvent être délivrées sans ordonnance dans toutes les pharmacies de France. Une normalisation telle qu'envisagée par le syndicat des médecins conduirait probablement à un manque à gagner pour les pharmaciens.

Donc les pharmaciens râlent:

« Il faudrait se réunir autour d’une table et mener une réflexion interprofessionnelle, ce qui nous permettrait d’aboutir à un résultat concret »

« Nos collègues médecins homéopathes devraient commencer par se demander pourquoi certains patients sont plus enclins à consulter des non-médecins plutôt qu’eux. Régulièrement, au comptoir, je constate ce qui pourrait être considéré comme des dérives dans la pratique de certains homéopathes »

Tout laisse à penser que si les médecins s'étaient attablés avec les pharmaciens, pour réfléchir à comment se partager le gâteau, les pharmaciens n'auraient pas ressenti le besoin de faire passer les médecins homéopathes pour plus dérivants que les non-médecins... C'est un peu mesquin, mais bon, c'est digne d'un soap opera.

A suivre?

Rédigé par Julie

Publié dans #Actualité, #Homéopathie

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