Mortalité des enfants vaccinés: où est l'hécatombe annoncée par les militants anti-vaccins?

Publié le 20 Octobre 2013

Comme tous les médicaments (à l'exception des préparations homéopathiques), un vaccin est mis sur le marché après des années de recherches portant sur son efficacité et sa sécurité. On dit alors qu'il dispose d'une AMM (Autorisation de Mise sur le Marché). Des erreurs de casting sont possibles. En effet, les essais cliniques portent sur un nombre limité d'individus, puisqu'on ne peut pas recruter la totalité de la population d'un pays à chaque fois que l'on étudie un médicament. Des effets secondaires rares ne seront pas forcément détectés. Il est aussi possible que les médecins ne comprennent pas le casting et prescrivent le médicament en dehors de l'indication attendue, on parle alors de prescription hors AMM. On comprend donc que comme dans tout champ d'activités humaines, la perfection n'est pas possible.

Quand un système est imparfait et difficilement perfectible, il est utile de lui adjoindre un autre système qui pourra pallier ces imperfections. Ce second système ne sera peut-être pas parfait non plus (la vie, les hommes, tout ça tout ça...). L'idée est que l'évaluation de la sécurité des médicaments ne s'arrête pas avec leur mise sur le marché. La pharmacovigilance prend ensuite le relais. Il s'agit de

la surveillance des médicaments et la prévention du risque d’effet indésirable résultant de leur utilisation, que ce risque soit potentiel ou avéré,...

 

qui repose sur (j'abrège la descripion):
 

  • Le recueil basé sur la notification spontanée des effets indésirables [...]

  • L’enregistrement et l'évaluation de ces informations

  • La mise en place d'enquêtes ou d'études pour analyser les risques, [...]

  • L’appréciation du profil de sécurité d’emploi du médicament en fonction des données recueillies

  • La prise de mesures correctives (précautions ou restriction d’emploi, contre-indications, voire retrait du produit) et la communication vers les professionnels de santé et le public

  • [...]

 

Il s'agit donc de la notification spontanée de tout évènement indésirable qui se produit après l'administration d'un médicament, ou dans le cas qui nous occupe, d'un vaccin. Ce système souffre de deux imperfections majeures:

  • la sous-notification (underreporting): les médecins ne font pas toujours (souvent...) leur travail de notification, parce qu'ils n'en comprennent pas l'intérêt, qu'ils décident par eux-mêmes de l'absence de lien de causalité alors qu'ils ne devraient pas le faire, que les procédures sont trop complexes et chronophages, …

  • la sur-notification (overreporting): les effets indésirables signalés ne sont pas nécessairement liés causalement à l'administration du vaccin. La sur-notification est attendue et espérée, car elle est le signe que les médecins font leur travail de notification, mais elle complique évidemment l'évaluation du risque réel.

     

Les militants anti-vaccins ne vous parleront le plus souvent que du premier défaut, mais pas du second. Ils ont une compréhension toute particulière de ce qu'est la pharmacovigilance. Pour eux, toute notification (ou presque, vous aurez parfois droit à un disclaimer discret) est un lien de causalité et il faudrait systématiquement multiplier le nombre de notifications par un ou deux ordre de grandeur pour obtenir le chiffre réel. Cette multiplication est souvent justifiée, mais attention à ne pas en faire une loi universelle pour tous les effets indésirables.

 

Ainsi à l'époque de l'utilisation du vaccin polio oral qui en de rares occasions causait des polio paralytiques, presque 100% des cas ont été notifiés à la pharmacovigilance américaine. Par contre, les thrombocytopénies dues à la vaccination ROR sont bien sous-notifiées d'un facteur 10 à 100. Il s'agissait là d'évènements indésirables avec un lien de causalité évident, mais quand le lien de causalité n'est pas évident ou carrément inexistant, la multiplication systématique par un ou deux ordres de grandeur est encore plus tendancieuse. Bref, il faut rester prudent avant de tirer des conclusions après observation des chiffres bruts de la pharmacovigilance.

 

Mais la prudence n'est pas le fort des militants anti-vaccins. Et puis de toute façon, ça les empêcherait de faire de beaux articles. Celui-ci par exemple issu du site Vactruth (ils choisissent bien leur nom ces militants...), mais vous en trouverez bien d'autres, il s'agit un peu d'un marronnier dans la communauté anti-vax. On nous y explique que l'introduction d'un nouveau vaccin (ici l'Infanrix Hexa) a été suivie d'une recrudescence de décès dans les deux semaines après administration et qu'il faudrait le retirer du marché, etc...

 

Bref, c'est l'hécatombe! Tremblez jeunes parents...

 

Mais une hécatombe, ça devrait se voir dans les statistiques nationales de décès. Si si, un décès est égal à un décès pour les différents pays, peu importe la cause avérée ou supposée. Même que les pays compilent tout ça pour en faire des courbes de mortalité néonatale, de mortalité infantile, de mortalité à 5 ans, … C'est fou hein? A se demander pourquoi les militants anti-vax n'ont jamais pris la peine de montrer directement l'hécatombe annoncée à partir de ces courbes. Ce serait bien plus percutant que toutes ces considérations sur la notification, la sous-notification, … Si on les aidait un peu?

 

Puisqu'il était question de l'Infanrix Hexa dans l'article donné en exemple, puisque ce vaccin est administré à des bébés de quelques mois, puisque nous sommes sur un blog francophone, nous allons considérer la courbe de mortalité infantile (moins d'un an) de la France pour ces dernières années. L'Infanrix Hexa a été mis sur le marché en 2004 en France. Suivons le schéma de pensée des militants anti-vaccins:

  • Le nombre de décès rapportés (environ 70) doit être mutiplié par 100, pour arriver à environ 7000 décès. Le nombre de doses administrées durant la période correspondant aux 70 décès notifiés est d'environ 12 millions. Cela donne une létalité associée à la vaccination de 0.6/1000 doses. A l'époque d'introduction du vaccin, un schéma à trois doses avant 1 an était recommandé. Mettons donc une létalité de 1.8/1000 enfants vaccinés.

  • la couverture vaccinale Infanrix hexa à un an pour une dose a évolué entre 35% et 80 % entre 2004 et 2009 (voire figure ci-dessous). Pour continuer, posons comme hypothèse que la couverture à 3 doses suivait une tendance similaire.

Mortalité des enfants vaccinés: où est l'hécatombe annoncée par les militants anti-vaccins?
  • Il y a environ 800000 naissances en France par an, donc entre environ 300000 et 650000 enfants de moins de 1 an vaccinés. En appliquant la létalité calculée plus haut, cela fait entre 550 et 1200 décès par an associés à la vaccination, entre 2004 et 2009, pour 800000 naissances. Cela correspond à un excédent de mortalité infantile compris entre 0.7/1000 et 1.5/1000 par an, entre 2004 et 2009.

  • Comme en 2003, avant introduction du vaccin, on avait une mortalité infantile de 4.37/1000 par an, on s'attend à un taux de (4.37/1000+0.7/1000)=5.07/1000 par an en 2004 et à un taux de (4.37/1000+1.5/1000)=5.87/1000 par an en 2009. Vous pouvez vérifier par vous-même que ces estimations sont compatibles avec les chiffres présentés sur la figure ci-dessous...

Mortalité des enfants vaccinés: où est l'hécatombe annoncée par les militants anti-vaccins?

Non? Ca ne marche pas? Mais elle est où alors l'hécatombe annoncée par les militants anti-vaccins?

Rédigé par Julie

Publié dans #debunking

Commenter cet article