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Publié le 21 Mai 2015

Les mises à jour du 30/05, du 03/06 et du 17/07 se situent à la fin de ce billet.

Après une première collaboration pour une pétition contre la vaccination HPV, le Professeur Joyeux et l'IPSN s'unissent à nouveau pour faire le buzz. La nouvelle pétition s'intitule « Pénurie de vaccins : on se moque de vous ! ». Et de la même façon qu'on ne change pas une équipe qui gagne, on ne change pas de stratégie non plus. C'est ainsi que le texte de la nouvelle pétition est à nouveau un savant mélange de vrai et de faux, pouvant induire les parents en erreur.

Une nouvelle pétition qui envahit bien évidemment les réseaux sociaux!

Une nouvelle pétition qui envahit bien évidemment les réseaux sociaux!

L'avantage des lanceurs de pseudo-alertes, c'est que s'il leur faut peu de temps et de mots pour énoncer une contre-vérité, il faut plus d'énergie pour la démonter. Et quand les contre-vérités sont énoncées en masse, la tâche devient compliquée. Mais nous avons décidé de relever le défi !


 

Titres VS Consensus

Le Professer Joyeux se prévaut de ses titres de chirurgien et de cancérologue. Rappelons qu'un cancérologue n'est ni vaccinologue ni épidémiologiste. De plus, se prévaloir de ses titres pour tirer à boulets rouges dans le consensus scientifique ne dispense pas d'avoir à fournir une argumentation rationnelle. L'argument d'autorité tombe donc un peu à plat.

 

Obligations vaccinales et pénurie

Sur la forme, le Pr. Joyeux plante le décor de façon très anxiogène. Il utilise des mots chocs pour effrayer les parents qui cherchent une information (« cauchemars, neurotoxiques, tempête du système immunitaire, produits toxiques, cancérigènes,... »). Sur le fond, cela fait en effet un moment (depuis 2008) que le vaccin trivalent DTP (Diphtérie-Tétanos-Polio) pour la primo-vaccination n'est plus produit pour le marché français (à cause d'une augmentation importante du nombre de manifestations allergiques). Ce n'est donc pas une nouveauté. Mais c'est un sujet que les antivax aiment remuer, et ils profitent des toutes récentes difficultés d’approvisionnement sur les vaccins contenant la valence coqueluche pour remettre le couvert.

Les parents, pour respecter l'obligation vaccinale en France (Diphtérie-Tétanos d'une part, et Polio de l'autre), doivent se tourner vers un vaccin tétravalent (Diphtérie-Tétanos-Polio-Coqueluche), pentavalent (Diphtérie-Tétanos-Polio-Coqueluche-Hæmophilus influenzae de type B) ou hexavalent (Diphtérie-Tétanos-Polio-Coqueluche-Hæmophilus influenzae de type B-Hépatite B), ou commander le kit DT-vax + imovax Polio. Actuellement, il y a pénurie des vaccins Tetra et Penta, à cause d'une augmentation de la demande mondiale en vaccin anti-coqueluche. Le DT-vax est aussi en rupture de stock depuis le début de l'année, mais une solution de remplacement est prévue. Il est donc toujours possible pour les parents de satisfaire seulement aux obligations vaccinales.

Et vous savez quoi ? Le kit DT-vax + imovax polio est gratuit! Le labo le donne, ce n'est pas un remboursement via la sécurité sociale. Alors parler de vente forcée comme le fait le Pr. Joyeux, c'est cocasse. Le kit DTVax+imovax polio est mis à la disposition des parents dont les enfants ont une contre-indication à la vaccination contre la coqueluche ou qui ne souhaitent pas vacciner avec des valences non obligatoires pour des raisons de convenance personnelle. Le médecin doit alors passer une commande au laboratoire Sanofi Pasteur MSD, qui livre le kit dans une pharmacie où les parents peuvent le retirer.

 

Vaccins combinés

Un vaccin combiné/multivalent est considéré comme un médicament unique et étudié comme tel (essayez une recherche sur Pubmed, le moteur de recherches des publications médicales, pour vous en convaincre). Dire qu'ils ne sont pas assez testés, en comparaison de vaccins « seulement » trivalents, est donc une contre-vérité. Et ce que le Pr. Joyeux appelle des additifs neurotoxiques ou cancérigènes peuvent tout à fait se retrouver dans des vaccins monovalents (essayez cette notice par exemple, où on trouve du formaldéhyde dans un vaccin monovalent contre la Polio).

Les vaccins combinés présentent par ailleurs des avantages pratiques en comparaison des vaccins individuels. Par exemple, ils nécessitent moins de piqûres pour l'enfant, moins de rendez-vous chez le pédiatre.

Enfin, il est amusant de noter que cette pétition ne demande « que » le retour d'un vaccin trivalent, et non directement la mise sur le marché de trois vaccins monovalents à administrer séparément. Où est donc la logique ?

 

Des additifs neurotoxiques ou cancérigènes ?

Le Pr Joyeux parle de l’hydroxyde d'aluminium, qui causerait une maladie invalidante appelée Myofasciite à macrophages. Rappelons que cet « additif » est nécessaire en tant qu'adjuvant dans certains vaccins. En 2013, le HCSP a rédigé un rapport qui faisait le point sur la prétendue dangerosité de cet adjuvant. L'OMS est également d'avis qu'il s'agit non pas d'une tempête du système immunitaire, mais d'une tempête dans un verre d'eau. Nous ne nions pas les troubles et les souffrances rencontrées par les gens qui pensent être victimes de l'aluminium présent dans les vaccins, mais il faut bien admettre que l'origine de leur état n'est pas encore établie.

Le Pr Joyeux parle aussi du formaldéhyde. Ce sujet a déjà été traité sur ce blog. Le formaldéhyde sert à inactiver certains vaccins. Les quantités en jeu, la fréquence et le mode d’administration des vaccins sont tels qu'il n'y a pas lieu de s'inquiéter. En effet, le formaldéhyde est cancérigène dans un contexte d'expositions respiratoires ou cutanées fréquentes dans un cadre professionnel. On est très loin des vaccins! De plus, le corps humain produit lui-même du formaldéhyde et élimine très rapidement tout excédent. Nous en mangeons d'ailleurs quotidiennement avec nos fruits et légumes sans que personne ne s'en émeuve.

Bref, on n'empoisonne pas ses enfants en les vaccinant!

 

Pourquoi vacciner les enfants dès 2 mois contre l'hépatite B ?

C'est justement l'objet du dernier billet publié sur ce blog. Le Pr. Joyeux dit qu'il est absurde de vacciner des bébés de 2 mois contre l'hépatite B car c'est "une maladie sexuellement transmissible qui ne concerne pas les bébés". C'est oublier les autres voies de transmission de cette maladie (petites plaies, morsures, égratignures...) et le risque plus grand chez un bébé qui contracte l'hépatite B de voir l'infection devenir chronique.

Le prétendu lien entre la vaccination hépatite B et la sclérose en plaques est encore agité comme un chiffon rouge par le Pr. Joyeux. Pourtant le consensus sur la question est clair : pas de lien !

 

A qui profite l'infanrix hexa ?

Pour lui, c'est une "histoire de gros sous"... Pourtant, les premiers à profiter de l'infanrix hexa, ce sont les bébés qui seront protégés contre plus de maladies évitables : la coqueluche qui fait plusieurs victimes chaque année en France, l'hépatite B et l'haemophilus influenzae qui est une cause importante de méningites.

 

Les époux Larère, ces martyrs de la cause !

Il présente ce couple comme de pauvres parents qui se sont fait taper sur les doigts par les autorités, alors qu'ils attendaient patiemment le retour d'un DTP en pharmacie pour vacciner leurs enfants selon les obligations, sans valences supplémentaires. C'est étrange, car ils ont en fait refusé d'utiliser le Kit Dtvax + imovax Polio en usant des mêmes contre-vérités que le Pr. Joyeux sur les prétendus additifs nocifs ! Bref, ce n'est pas la faute des autorités. Ce sont bien les parents qui, influencés par les figures de proues des mouvements antivax, ont pris une décision contraire aux lois.

 

La question des indemnités

S'il est vrai que les modalités d'indemnisation en cas d'effets secondaires sont différentes selon que la vaccination est obligatoire ou recommandée, on ne peut pas prétendre, comme le fait le Pr. Joyeux, que les vaccinations recommandées sont faites « aux risques et périls » des parents. Pour les vaccinations recommandées, il faut s'adresser à la Commission Régionale de Conciliation et d'Indemnisation des accidents médicaux (CRCI), qui désignera un expert statuant sur l'imputabilité de la vaccination. En cas de réponse positive, une indemnisation est proposée.

Par ailleurs, cette différence de traitement entre les vaccinations obligatoires et recommandées n'est pas du goût du HCSP. Mais ce genre de décision ne relève pas du HCSP. Il faudrait une volonté politique pour changer cela. En voilà un sujet de pétition qui serait plus noble et ne nécessiterait pas de proférer des mensonges médico-scientifiques !

 

L'argumentation pour cette pétition repose sur des informations incomplètes, qui amènent à tirer de mauvaises conclusions et donc à prendre de mauvaises décisions, alors que les problèmes liés aux vaccins sont rares.
Elle joue sur vos sentiments, vos émotions, votre envie légitime d'avoir ce qu'il y a de mieux pour vos enfants. Ne vous laissez pas avoir!

[mise à jour 17/07] Vaccin DT-Polio : faut-il signer la pétition Joyeux/IPSN ?

Mise à jour du 30/05/2015

2 ème acte : Répéter des mensonges ne les rend pas plus vrais

La pétition a atteint les 500 000 signatures.
Les médias, le CTV (Comité Technique des Vaccinations, au sein du HCSP) et la ministre de la santé (Marisol Touraine) ont réagi.
Le Pr. Joyeux et l'IPSN en remettent une couche dans une réponse parue sur leur site.


 

Tout vient à point à qui sait attendre

Le Pr. Joyeux se plaignait encore le 21 mai dernier du peu de cas que la presse faisait de sa pétition :

 

"Mais du côté de la presse, supposée assurée notre « information santé » objective, RIEN !!
Ils ne nous critiquent pas, ils ne nous soutiennent pas. C’est bien simple, ils ont pour l’instant adopté la stratégie du silence.
Ni les télévisions, ni les médias, ni même la plupart des blogs ne font la moindre allusion à cet appel, qui touche pourtant à un sujet brûlant pour la santé de tous."

 

Il semble qu'il ait fait preuve d'un peu trop d'impatience, puisque la presse a depuis accordé au Pr. Joyeux toute l'attention qu'il pense mériter.

 

Nous remercions Rue89 pour avoir relayé nos arguments, dans l'article du 24 mai intitulé Vaccin DT-Polio : pourquoi il ne faut pas signer la pétition du professeur Joyeux.

 

Le président (Pr. Daniel Floret) du Comité Technique des Vaccinations a réagi le 29 mai pour Top Santé et L'Express, tandis que la vice-présidente (Pr. Odile Launay) est intervenue pour Allodocteurs. Ils discutent des erreurs et imprécisions dans l'argumentation de la pétition.

 

La ministre de la santé prend ses responsabilités en s'exprimant sur ce sujet, mais préfère couper court à la discussion. Elle affirme que « la vaccination ne se discute pas ». Ce qui ne va sans doute pas rassurer les 500 000 signataires qui sont pour beaucoup, des parents affolés et ne sachant plus à qui faire confiance.

 

Un revirement du Pr. Joyeux ?

Top Santé est parvenu à contacter le Pr. Joyeux lui-même:

 

Dans une tentative d'éluder une de nos questions à propos du kit gratuit, le Dr Joyeux tente de recentrer le débat. « La vraie question : ces 3 maladies DTP étant éradiquées grâce à l'hygiène publique, est-il nécessaire de maintenir la vaccination obligatoire ? Seuls certains enfants en ont vraiment besoin, ceux qui travaillent dans les écuries ou dans les sols souillés par du crottin de cheval. En ont également besoin les enfants vivant dans des pays en guerre ou l'hygiène publique est déplorable. Quant à dire que toute plaie exige une vaccination antitétanique, oui si elle est vraiment souillée, sinon pas nécessaire. C'est au médecin à en juger », nous a-t-il écrit.

 

Nous observons donc ce qui ressemble à un revirement. Alors que dans la pétition, il semblait tenir les vaccinations contre la Diphtérie, le Tétanos et la Polio comme légitimes, voici qu'il les remet en question dès lors qu'il s'avère que des vaccins permettant de vacciner uniquement contre ces maladies sont disponibles. Se serait-il trompé de cible avec sa propre pétition? Est-il opposé à la vaccination en général ?

 

Dans tous les cas, deux remarques s'imposent :

 

1) Rappelons que ces trois maladies ne sont pas éradiquées, et que leur contrôle nécessite la vaccination, en plus de mesures d'hygiène (opposer vaccinations et hygiène publique est un sophisme du genre « faux dilemme »). Le risque de tétanos existe pour chacun, en France comme ailleurs. Le dernier cas de tétanos pédiatrique en France date de 2004 et concerne un garçon de 13 ans, non vacciné pour cause d'opposition parentale à la vaccination. Il a contracté le tétanos à cause d’une petite plaie de l’orteil provoquée par une écharde.


Le Tétanos n'est pas éradicable, tandis que la Diphtérie et la Polio sont absentes de France et de bien d'autres pays parce qu'on y vaccine suffisamment. C'est pourquoi ces vaccinations sont recommandées en France, et partout ailleurs, même là où elles ne sont pas obligatoires.
Car effectivement, la vaccination obligatoire n'est pas une nécessité. De bonnes couvertures vaccinales sont obtenues dans les pays qui ne pratiquent « que » les recommandations. Et des vaccinations qui sont aujourd'hui recommandées (par exemple la rougeole, la coqueluche, …) sont tout aussi importantes que les vaccinations obligatoires. Le vaccin hexavalent est d'ailleurs LE vaccin recommandé aux nourrissons en France.

 

2) Chez les militants les plus acharnés, la pétition du Pr. Joyeux n'a pas fait le tabac escompté. Rappelons les propos du Pr. Joyeux : « Que feriez-vous si vous deviez vacciner votre bébé pour le protéger contre de graves maladies, mais que le vaccin normal, efficace et sûr, n'était plus disponible [...] ». Les militants acharnés avaient compris, et on les rejoint sur ce point, que le Pr. Joyeux tenait la vaccination DTP pour indispensable. Eux qui apprécient justement l’absence du DTP, qu'ils considèrent comme un prétexte bien-venu pour refuser la vaccination, ont donc rejeté la pétition. Ils seront maintenant rassurés par ce revirement du Pr. Joyeux.

[mise à jour 17/07] Vaccin DT-Polio : faut-il signer la pétition Joyeux/IPSN ?

La réaction de l'IPSN

Le 27 mai, l'IPSN a tenu à répondre aux nombreuses questions qui lui parviennent. Si l'effort est louable, la réalisation l'est moins. L'IPSN répète certaines informations erronées de la pétition (comme si la répétition rendait les choses plus exactes), sur lesquelles nous ne reviendrons donc pas. Nous discuterons ici de trois points de leur nouveau texte.

 

1) L'idée d'un agenda caché

 

"L’ennui, c’est que ce vaccin n’a jamais été remplacé. A la place ,l’industrie pharmaceutique a proposé des vaccins dit tetravalents, pentavalents et hexavalents."

 

En fait, en France, la vaccination tétravalente est recommandée par les autorités de santé depuis 1966, la pentavalente depuis 1992, et l'hexavalente depuis 2006. Contrairement à ce que semble insinuer l'IPSN, les différents vaccins ont donc coexisté jusqu'en 2008, date du retrait du vaccin trivalent. Les vaccins tetra-quinta-hexa n'ont donc pas été produits pour remplacer le DTP puisqu'ils existaient déjà.


Les praticiens ont tendance à suivre les recommandations, mais avec un peu de retard. Actuellement, le vaccin hexavalent est le plus utilisé, suivi par le pentavalent. La couverture vaccinale « hexa » a d'ailleurs augmenté entre 2008 et 2014, malgré la disponibilité du pentavalent et du tétravalent: « En population générale, la couverture vaccinale contre l'hépatite B des enfants de 24 mois a fortement progressé ces dernières années. Elle atteint 78 % [en 2014], alors qu'elle n'était que de 47 % dans la cohorte des enfants nés en 2008. ». Pas besoin de sombres machinations de l'industrie pharmaceutique pour que la majorité des parents se tournent vers les vaccinations recommandées !

 

2) L'idée d'une affaire de fric

 

"Concrètement, cela veut dire que pour faire vacciner son enfant contre le DTP, il faut débourser 40€ (que ce soit rembourser ne change pas la question du coût mais de celui (ceux) qui le porte."

 

Non, pour ce prix, supporté par la communauté via remboursement, l'enfant est aussi concrètement vacciné contre trois autres maladies. Le remboursement est possible parce que le service médical rendu a été jugé positif. En d'autres termes, la communauté fait des économies grâce à cet investissement de prévention. Mais le gain humain est aussi important. Quel intérêt de voir un enfant tousser pendant des semaines à cause d'une coqueluche ? Quel intérêt de vivre avec une infection HB chronique ?

 

3) L'idée que nous aurions rapporté des informations erronées sur le kit DT-Vax

 

(nous soulignons certains passages)

 

"Des informations circulent par voie de presse évoquant l’existence d’un kit combiné DT-Vax + Imovax Polio qui serait fourni gratuitement et qui permettrait aux parents qui le souhaitent d’assurer la couverture vaccinale obligatoire (Diphtérie-Tétanos et Polio) sans vacciner contre des maladies supplémentaires et donc sans recourir aux vaccins hexavalents. Ce kit « gratuit » pourrait, selon le blog Epidémiologie Rougeole et repris par plusieurs sites d’information, être commandé auprès du laboratoire Sanofi Pasteur MSD.

En réalité, outre les faits que, en pratique, très peu de parents se voient offrir cette possibilité par leur médecin, et que le DT-Vax ait été en rupture de stock lui aussi depuis janvier 2015, ce kit n’est nullement mis à la dispotion des parents qui « ne souhaitent pas vacciner avec des valences non obligatoires pour des raisons de convenance personnelle », ainsi qu’il a été faussement rapporté.

Cette contre-indication ne concerne qu’un cas très réduit de nourrissons, en cas d’antécédents d’allergie, de réactions intenses à d’autres vaccins, d’encéphalopathie évolutive, de fièvre (égale ou supérieur à 40 °C), d’affection chronique, d’affections graves de l’appareil pulmonaire. Nulle part il n’est mentionné par l’ANSM, ni sur le communiqué de Sanofi-Pasteur MSD, que ce vaccin serait donné gratuitement, ni même disponible tout court, pour les autres patients."

 

Pourtant, dans un lien cité par l'IPSN, on peut lire ceci :

 

"Le vaccin DTVax (vaccin diphtérique et tétanique adsorbé) est en rupture de stock depuis fin janvier 2015. Ce vaccin était disponible au sein d'un kit "DTVax + Imovax polio" envoyé gracieusement par Sanofi Pasteur MSD aux médecins demandeurs qui doivent vacciner des enfants de moins de 6 ans dont les parents ne veulent pas réaliser la vaccination contre la coqueluche ou présentant une contre-indication à la vaccination contre cette maladie.

[…]

Pour toute commande de kit de vaccin diphtérique et tétanique + Imovax polio, le médecin demandeur doit adresser une ordonnance reprenant l'ensemble des éléments suivants à Sanofi Pasteur MSD :

[…]

- La raison pour laquelle l'enfant n'est pas vacciné par un vaccin pentavalent ou hexavalent (contre-indication ou convenance personnelle)"

 

Qui rapporte de fausses informations ?

 

Au vu de ce qui précède, nous enjoignons donc les signataires de la pétition (ainsi que les autres) à comparer les affirmations de l'IPSN avec les sources qu'il propose. C'est également valable pour nos affirmations et nos sources. C'est LA méthode pour détecter les incohérences et se faire une idée de la réalité !

***

 

Mise à jour du 03/06/2015

3 ème acte : La pièce de théâtre continue

Le Pr. Joyeux met au défi la ministre de la santé.
Le Pr. Joyeux et l'IPSN répondent une deuxième fois aux critiques sur le site de l'IPSN.

 

Souvenez-vous, dans l'épisode précédent, la ministre de la santé avait déclaré que « la vaccination ne se discute pas ». Prenant le contre-pied, le 1er juin, le P. Joyeux lui demande donc de participer à un débat télévisé en direct pour en discuter (rien que ça!) :

Le Pr Joyeux répond aux critiques de Marisol Touraine. Dans un communiqué que s'est procuré Midi Libre, le cancérologue montpelliérain, au coeur d'une polémique après avoir lancé une pétition sur les dangers de la vaccination, propose à la ministre de la Santé un face à face télévisé “sur la chaîne de (son) choix”. Et attend “avec impatience” sa réponse.

 

La ministre a refusé :

Interrogée sur France Info, Marisol Touraine a opposé une fin de non recevoir : "Je trouve indigne de la part d'un médecin d'attiser les inquiétudes et de faire croire qu'un vaccin c'est mauvais pour la santé. À l'heure où il y a des équipes formidables en France et à travers le monde qui se battent pour trouver un vaccin contre le Sida, Ebola ou d’autres maladies, imaginer qu'arrêter de se vacciner ça ne ferait pas revenir les maladies, c'est tout simplement de la folie."

 

Il n'a pris aucun risque avec cette demande. Puisqu'elle a refusé, le Professeur se présentera comme vainqueur par défaut. Si elle avait accepté, le Pr. Joyeux aurait bénéficié du sophisme dit false balance (biais médiatique qui consiste à présenter deux points de vue comme ayant des poids plus équilibrés que ce que les preuves indiquent), en plus d'une publicité gratuite pour sa personne et pour l'IPSN. Pile il gagne, face elle perd.

 

Sachant que les dirigeants du CTV avaient pris la peine de décrypter l'argumentaire de la pétition (ici, et ici), on aurait préféré que le Pr. Joyeux les invite, plutôt que la ministre. Le Pr. Joyeux a d'ailleurs eu connaissance de ces décryptages, mais les balaie d'un revers de la main en se contentant de répéter les mêmes arguments déjà contrés, dans une nouvelle réponse publiée sur le site de l'IPSN:

"Désinformation et sape systématique par tous les médias
Ce à quoi nous n’étions pas préparés, en revanche, c’est que tous les aspects de notre pétition allaient être contestés, y compris en y opposant de pures inventions (je vais y revenir), comme s’il existait une sorte d’urgence de convaincre le public que nous n’aurions écrit que des âneries voire des mensonges.
Ces accusations, initialement formulées sur un simple blog anonyme, ont été reprises telles quelles par nombre de grands sites d’information, de Rue89 jusqu’au site du journal Le Monde, en passant par BFMTV, L’Obs ou encore France TV Info et le Journal de la santé sur France5.
L’écho qui leur a été donné, à notre grande surprise vu leur absence de sérieux, fut si grand, et l’objectivité scientifique tellement absente du propos, que je suis obligé d’y répondre de façon systématique.
"

 

Finalement, il n'est pas plus près que la ministre à dialoguer, puisqu'il ne tient pas compte des réponses qui lui ont été fournies.

 

Autres articles sur le sujet :

Pourquoi Docteur, 1 juin : Vaccination : le Pr Joyeux souhaite un débat TV avec Marisol Touraine

Midi Libre, 2 juin : Polémique sur la vaccination DTPolio : le professeur Joyeux a-t-il raison ?

MagicMaman, 2 juin : Pénurie, mises en garde : que faut-il vraiment penser du scandale autour du vaccin DTP ?


 

 

***

 

Mise à jour du 19/07/2015

4 ème acte : le soufflé serait-il en train de retomber ?

Joyeux est discrédité de toutes parts. Il continue à lancer des appels à signer la pétition, espérant malgré tout encore atteindre le million de signature ambitionné au départ. Du coté des médias et du public, l'intérêt s'est un peu émoussé.

 

Les critiques

 

Le 2 juin, le groupe « Vaccination et Prévention » de la Société Pathologie Infectieuse de Langue Française (SPILF) a publié un communiqué sur son site :
Il circule depuis quelques jours sur les réseaux sociaux un message appelant à signer une pétition concernant les vaccins. […] Le groupe «Vaccination et Prévention» de la Société de Pathologie Infectieuse de Langue Française dénonce vigoureusement cette campagne, et entend corriger les approximations et détournements qui figurent dans ce message.

 

 

Le 12 juin, l'Académie Nationale de Médecine est entrée en scène :
Depuis plusieurs semaines, les internautes sont invités à regarder une vidéo accompagnée d'une pétition lancée à l'initiative d'un médecin pour inciter les parents à refuser de faire vacciner leurs enfants. Cette pétition particulièrement alarmiste a recueilli plus de 500 000 signatures (électroniques). Elle est née à la suite de la pénurie des vaccins tétra et pentavalents, qui dure depuis 6 mois en France et se prolongera au moins jusqu’à la fin de l’année 2015. […] L’Académie nationale de médecine regrette cette pénurie mais déplore que, sous ce prétexte, le médecin auteur de la pétition, accuse les vaccins combinés d’être dangereux et incite les parents à refuser la vaccination chez des nourrissons.

 

 

Le 16 juin, c'est l'AFPA (Association Française de Pédiatrie Ambulatoire ) et le GPIP (Groupe de Pathologie Infectieuse Pédiatrique) qui se joignent aux critiques.

 

Les experts en vaccination pédiatrique de l'association Infovac y sont également allé de leur réponse et posent la question suivante : "A quand le délit de mise en danger de la santé publique par diffusion de fausses nouvelles ou fausses données scientifiques ?"

 

Le 26 juin, le Conseil National de l'Ordre des Médecins (CNOM) a fait savoir qu'il allait porter plainte contre le Professeur Joyeux.

 

Des propos dangereux pour les patients
Lors d'un point presse organisé ce jeudi, le Président de l'Ordre, Patrick Bouet, a indiqué que le CNOM, réuni en session, a décidé de porter plainte contre le Pr Henri Joyeux. L'institution dénonce deux infractions commises par ce praticien.
« D'une part, il a tenu des propos non appuyés sur des bases scientifiques qui, aujourd'hui, portent atteinte à la profession de médecin. D'autre part, son discours peut être "dangereux" pour la population, puisqu'il s'agirait de discréditer le mécanisme de vaccination préventive, alors que nous considérons qu'il est de la responsabilité du médecin d'accompagner les actions de santé publique inscrites dans le Code de déontologie », a rappelé l'Ordre.

Une radiation de l'Ordre envisageable 
Concrètement, le CNOM va donc porter plainte auprès de la chambre disciplinaire de première instance concernée par l'affaire. Il s'agit de celle du Languedoc-Roussillon, puisque ce chirurgien exerce à Montpellier.
Et avant même les résultats du jugement, Patrick Bouet annonce déjà qu'en cas de relaxe du Pr Joyeux, il va faire appel auprès de la chambre disciplinaire nationale, « car cette affaire nécessite que nous allions jusqu'au bout de la procédure », pense-t-il.

Cependant, il souligne que le temps de la justice est « long », puisque le Pr Joyeux aura entre 6-8 mois pour préparer sa défense, « le temps que cette juridiction administrative (où siège un magistrat) mène l'instruction en première instance ». Le Président de l'Ordre a précisé que la peine encourue pouvait aller « jusqu'à la radiation ».
« Nous ne pouvons pas cautionner des dérives de cette nature, dans le débat sur la vaccination qui agite la société française. Pour régler les angoisses et les inquiétudes, il faut apporter des faits scientifiques, et pas des convictions individuelles », a-t-il conclu.  

 

Les tentatives de raviver la polémique (ou comment souffler sur les braises)

 

En dépit de ce qui précède, ou justement à cause de cela, Joyeux multiplient les appels à signer la pétition et la victimisation.


30 juin: Àpropos des vaccins

"Vous n’êtes pas plus que moi contre les vaccins dont vous connaissez à travers l’histoire de la médecine les bienfaits. Il ne s’agit donc pas d’être systématiquement contre les vaccins, vous l’avez compris, contrairement à ce que l’on veut vous faire croire. Il s’agit de faire savoir de quels vaccins nos enfants et petits enfants ont vraiment besoin."
 

Si on se réfère à ses propos du 29 mai pour Top santé (voir mise à jour du 30 mai), le Pr Joyeux considère à tort que les enfants français n'ont en général pas besoin de vaccins. Que cela devrait concerner une minorité d'entre eux. Cela doit être sa façon personnelle et originale de "ne pas être systématiquement contre les vaccins".

 

Joyeux capitalise sur les incohérences de position de Marisol Touraine vis-à-vis des adjuvants aluminiques, selon qu'elle soit en campagne électorale ou en charge du ministère de la santé. C'est de bonne guerre, mais Il serait plus courageux de la part du Professeur, qui prétend nous parler de science, de s'en prendre directement aux sociétés savantes, qui sont bien plus compétentes que la ministre sur ces questions.

 

Il capitalise aussi sur le décès d'une enfant de moins d'un an, suite à une fièvre trop élévée, probablement consécutive à une vaccination, qui n'a apparemment pas été prise en charge assez rapidement. Joyeux accuse alors les "métaux lourds", au lieu du défaut de prise en charge: " Les deux vaccins contiennent de l’aluminium qui n’a rien à faire dans le corps d’un nourrisson de 2 mois." Mais le cas de l'enfant espagnol non vacciné qui est décédé à cause de la diphtérie ne lui inspire que ceci: "Le cas effroyable de l’enfant décédé de diphtérie en Espagne démontre plus que jamais la nécessité d’un vrai débat que les familles réclament à cor et à cris." Comme si les prétendus dangers de l'aluminium outrepassaient le risque que présente une maladie comme la diphtérie... On se demande ce qu'il va bien pouvoir déclarer à propos du garçon  de 8 ans qui lutte en ce moment contre le tétanos à Tours.

 

6 juillet: Réponse au Conseil National de l’Ordre des Médecins qui porte plainte

 

"Que me reproche le Conseil National de l’Ordre des Médecins ? De publier sur des sites internet des articles à charge contre la politique vaccinale de l’État en particulier du haut conseil de santé publique. Voici les arguments : «  preuves scientifiques non établies, discours alarmistes », car « le médecin est au service de la santé publique » avec rappel des « principes de moralité et de probité », « nécessité de concourir à l’action entreprise par les autorités compétentes en vue de la protection de la santé des individus et de l’éducation sanitaire », « obligation de prudence et soucis de répercussions des propos auprès du public », « interdiction de déconsidérer la profession » selon un grand nombre d’articles du Code de la santé publique que je connais bien.

Pourquoi pas de réponses à ses questions et à celles de très nombreuses familles ? [...] Alors je ne suis pas étonné de ne recevoir aucune réponse aux deux questions élémentaires qui se posent :
1/ le vaccin contre les cancers du col de l’utérus est-il nécessaire dès 9 ans et sans dangers pour les enfants ?
2/ pourquoi imposer à des nourrissons de 2 mois un vaccin Hexavalent qui n’est pas obligatoire et qui contient des adjuvants dangereux pour la santé ?

 

Le Professeur a reçu énormément de réponses à ses questions. Les communiqués des sociétés savantes, les interventions du Comité Technique des Vaccinations dans la presse, ... Mais il n'y a pas pire sourd que celui qui ne veut pas entendre. Et puis comment se poser en victime sinon?

 

13 juillet: DT Polio – Avec vous et pour vos enfants

 

"Avez-vous remarqué que ces laboratoires sont restés muets face à la polémique des vaccins ? Certaines réponses sont passées par des sites anonymes avec des arguments de petit calibre évoquant chaque fois le rapport bénéfices-risques, toujours en faveur des bénéfices, dans le but de généraliser les vaccins pour tous. "

 

Est-ce bien le rôle des labos de participer à la polémique lancée par Henri Joyeux ? Encore une fois, Joyeux a eu toutes les réponses qu'il demandait, mais s'acharne à prétendre le contraire. Les sociétés savantes, dont l'académie de médecine, ne peuvent pas vraiment être qualifiées de "sites anonymes".

 

"En principe, les parents devraient pouvoir commander le kit DT-vax + imovax Polio qui serait gratuit. Ce kit est mis à la disposition des parents dont les enfants ont une contre-indication à la vaccination contre la coqueluche ou qui ne souhaitent pas vacciner avec des valences non obligatoires pour des raisons de convenance personnelle…"

 

Tiens tiens... Le Professeur qui reconnait enfin que le kit est disponible pour convenance personnelle ! Il y a peu, lui et l'IPSN accusaient le blog Rougeole Epidémiologie de mentir sur ce point.

 

Mais au delà de la mauvaise foi et de la victimisation, il y a plus grave. Il y a les conseils médicaux de Joyeux :
 

"En attendant le DTP sans adjuvant, que faire?
Nous recommandons aux femmes qui viennent d’accoucher ou qui vont accoucher (820 000 par an) d’allaiter leur enfant, idéalement totalement pendant 6 mois, comme le recommande l’OMS puis partiellement au moins deux fois par jour pendant une année de plus avant de partir au travail et au retour. Ainsi, l’enfant est protégé par le lait maternel tandis que ses défenses immunitaires naturelles se mettent en place, ce qui demande au moins 1000 jours."


Ce conseil médical est erroné. La protection materno-foetale contre le tétanos et la diphtérie passe par le passage transplacentaire des anticorps maternels obtenus par la vaccination de cette dernière par le passé, et non par l'allaitement. Le rôle de l'allaitement dans le cas de la polio est limité en comparaison de celui du passage transplacentaire. De plus, la protection conférée est de courte durée, et s'estompe déjà au cours des premiers mois de vie. La vaccination doit donc prendre le relais. Pire, en ce qui concerne la coqueluche, il n'y pas de protection materno-foetale, ni par allaitement, ni par voie placentaire, car les anticorps disparaissent rapidement que ce soit après la maladie ou après une vaccination. Pour pallier à ce problème, certains pays (USA, Belgique,...) proposent de vacciner la femme enceinte au cours du troisième trimestre de grossesse pour permettre un transfert d'anticorps à l'enfant. Dans tous les cas, la vaccination de l'enfant ne peut être éludée. 
Alors que faire en attendant le retour d'un vaccin qui ne reviendra pas ? En attendant la fin de la pénurie des tétra et pinta ? Faire comme la majorité des parents qui suivaient les recomman
dations vaccinales avant le lancement de la pétition de Joyeux : utiliser le vaccin hexavalent !