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Publié le 17 Mars 2014

La frontière est floue, voire même inexistante, entre les idées reçues et les mythes colportés par les mouvements anti-vaccinalistes. Je vais traiter de quelques thèmes récurrents.

 

La grossesse et l'allaitement

 

Contrairement aux idées reçues et comme expliqué dans les billets précédents :

  • on peut tout à fait vacciner contre la coqueluche une maman qui allaite son enfant,

  • on peut vacciner une femme enceinte contre la coqueluche, puisque cette vaccination et les autres vaccinations auxquelles elle est le plus souvent associée (diphtérie, tétanos et polio) ne sont pas des vaccins vivants atténués,

  • une future maman qui a eu la maladie ou a été vaccinée par la passé ne transfèrera pas suffisamment d'anticorps à son enfant, que ce soit via le placenta durant la grossesse ou via l'allaitement. Pour que le transfert soit suffisant, il faut vacciner la maman durant la grossesse.

 

La conséquence directe du dernier point est que dans une population où la vaccination n'est pas généralisée, les nourrissons (les bébés de moins d'un an) sont démunis face à la coqueluche et comptent pour une proportion non négligeable des cas (voir le billet sur l'épidémiologie). Les mouvements anti-vaccinalistes ne sont pas toujours au courant de ce fait. Ainsi la LNPLV (Ligue Nationale pour le Liberté des Vaccinations) affirme que:

Avant la généralisation de la vaccination, les enfants contractaient la coqueluche principalement entre 1 et 10 ans […]
Depuis la vaccination massive des jeunes enfants, l'épidémiologie de la coqueluche s'est complètement modifiée. Les nourrissons, autrefois protégés pendant au moins six mois par les anticorps maternels, et même plus en cas d'allaitement maternel prolongé, sont plus souvent atteints […]

LNPLV

Il s'agit d'un montage rhétorique visant à convaincre les parents de ne pas vacciner. La recette:

 

  • Prétendre qu'avant la généralisation de la vaccination, les cas concernaient principalement les 1-10 ans, alors que la figure d'incidence qui sert de support à cette affirmation montre que la tranche d'âge à considérer est celle de 0-9 ans. Mais qui parmi les lecteurs du site de la LNPLV va remarquer cette entourloupe?
Coqueluche : idées reçues et autres mythes anti-vaccinalistes

 

  • Les nourrissons sont ainsi magiquement éliminés du groupe principal. Ils n'attrapaient pas la coqueluche ! Et comme il faut une explication à ce petit miracle, invoquer l'immunité passive est une stratégie intéressante, qui joue sur les idées reçues. Pourtant, même le document dont est extrait la figure d'incidence et que la LNPLV cite comme référénce explique qu'il n'en est rien:

    Susceptibility to whooping cough is general.
    Passive maternal immunity is very low and has practically no effect on the natural course of the infection, many cases occuring very early in life.

    Mais qui parmi les lecteurs du site de la LNPLV va aller vérifier si les sources sont correctement citées ? Faire dire aux articles scientifiques le contraire de ce qu'ils disent est une discipline courante chez les anti-vaccins. Il n'est pas surprenant que la LNPLV ait recours aux mêmes méthodes qu'un de ses anciens présidents (voir le billet Michel Georget et la vaccination anticoquelucheuse).
  • Il n'y plus qu'à mettre sur le dos de la vaccination les cas observés de nos jours chez les nourrissons et le tour est joué. Les lecteurs repartent avec l'impression que pour éviter que les nourrissons aient la coqueluche, il faut éviter de les vacciner.
     

Cette ruse n'est pas utilisée que par les anti-vaccinalistes français. Du côté belge francophone, les nouvelles recommandations visant à vacciner les femmes enceintes hérissent tellement le poil de certains qu'ils en viennent à tomber dans le même mensonge, dans la même négation du fardeau porté par les nourrissons avant l'ère vaccinale

En fait, avant la vaccination généralisée, la coqueluche, maladie certes inconfortable, survenait très majoritairement chez des enfants d'âge primaire qui n'aboutissaient ainsi pas à l'hôpital et qui n'avaient pas plus de risque de décès. Il y avait des dizaines de milliers de cas chaque année (et donc nettement plus que les ridicules 409 cas survenus l'année passée en Wallonie) mais ceux-ci n'étaient absolument pas un risque de santé publique. La Nature faisant bien les choses, la maladie se développait statistiquement dans la tranche d'âge la plus sécurisée pour les enfants atteints, c'est à dire quasi tous.

Initiative Citoyenne

Par dessus le mensonge et la négation, ils rajoutent un appel à la nature assez nauséeux. Faut-il rappeler que la "nature" n'est pas une entité avec une volonté propre? Qu'elle n'a pas de préférence pour les enfants ou pour la bactérie de la coqueluche ? Si on laissait faire la "nature", cela reviendrait au décès par coqueluche d'au moins 5 nourrissons pour 10000 naissances. Ajoutez à cela les bébés qui survivront mais souffriront de complications, de séquelles, ... pour rien pour laisser faire la nature. Est-ce acceptable? Les anti-vaccinalistes ne vous poseront jamais la problématique en ces termes, car la réponse est évidente. Non, bien sûr, c'est inacceptable quand nous connaissons les moyens d'éviter ces décès et ces souffrances.

Immunité naturelle vs immunité vaccinale

 

Certains pensent que contracter la maladie naturellement procure une immunité à vie, tandis que la vaccin procure une immunité temporaire. L'immunité “naturelle” est posée sur un piédestal. Elle est en quelque sorte un idéal à atteindre pour les gens qui sont sensibles au sophisme de l'appel à la nature. En fait, l'immunité naturelle est presque tout aussi limitée dans le temps que l'immunité post-vaccinale. Mais dans une population où on ne vaccine pas, le pathogène circule massivement et les rappels naturels sont fréquents.

 

Pour durer, l'immunité “naturelle” nécessite tout autant

des rappels que l'immunité vaccinale !

 

De plus l'immunité naturelle s'acquière au prix de la maladie et de ses complications éventuelles, là où l'immunité post-vaccinale s'acquière au prix des effets secondaires éventuels du vaccin. Opter pour le vaccin est moins risqué (balance bénéfices-risques positive). Opter pour l'immunité naturelle revient à choisir la maladie pour éviter la maladie. Drôle de stratégie. Autant tomber enceinte en guise de moyen de contraception.

 

Coqueluche : idées reçues et autres mythes anti-vaccinalistes

Protection et transmission

Nous avons vu que le vaccin induit une protection contre la maladie en elle-même, mais pas contre l'infection, c'est-à-dire contre la colonisation de l'appareil respiratoire par la bactérie. En effet, les vaccins utlisés actuellement n'induisent pas une immunité mucosale suffisante. Eviter la maladie est déjà une très bonne chose en soi au niveau individuel. Au niveau collectif, cela permet d'éviter la toux et donc de réduire le risque de transmission du pathogène à l'entourage.

 

Les gens raisonnables savent reconnaitre une solution imparfaite mais utile quand elle se présente. Par contre, les militants anti-vaccins ne connaissent pas la nuance. Ils ne raisonnent qu'en termes de tout ou rien. C'est le sophisme de la solution parfaite. Si le vaccin n'empêche pas en toute circonstance la transmission, ils en concluent qu'il n'a pas d'intérêt collectif. Ainsi, les parents qui renoncent à la vaccination peuvent jeter à la poubelle leur responsabilité sociétale. Et un parent qu'on déculpabilise est une parent réceptif.

 

Plus récemment, d'autres militants un peu moins subtils se sont engouffrés dans la brêche en prétendant que puisque le vaccin n'empêche pas la transmission en toutes circonstances, c'est donc le vaccin qui est responsable de cette dernière et non la bactérie ! Admirez le saut logique. C'est de l'anti-vaccinalisme décomplexé. Bientôt, après une grossesse accidentelle, on dira que c'est la pilule contraceptive qui a fécondé l'ovule...

 

Les petits mensonges épidémiologiques

 

Comme lorsqu'il s'agit de dissuader les parents de vacciner leurs enfants contre la rougeole, les militants antivaccins n'hésitent pas à recourir à ce que j'appelle les “petits mensonges épidémiologiques” pour les dissuader de vacciner contre la coqueluche :

 

Le net regorge d'affirmations concernant la supposée inutilité, voire même dangerosité de la vaccination contre la rougeole. Certaines de ces affirmations se basent sur des données épidémiologiques sorties de leur contexte global. La conclusion tirée est ainsi à l'opposé de celle qui serait obtenue en considérant toutes les données disponibles.

 

Même en tenant compte des différences entre les problématiques de la rougeole et de la coqueluche (durée limitée de l'immunité, protection materno-foeale insuffisante, distinction entre infection et maladie), il n'y a pas de différence importante dans la réfutation que l'on peut opposer aux petits mensonges. Par exemple, on peut être confronté à des affirmations du genre :

 

  • La vaccination a déplacé la maladie chez les tranches d'âge les plus vulnérables
     

    C'est le petit mensonge n°3.

    Mme Simon n'hésitait d'ailleurs pas à présenter à tort la coqueluche comme étant plus dangereuse pour les adultes que pour les enfants, pour renforcer le sophisme, puisqu'en proportion la coqueluche atteint désormais plus les adultes qu'avant l'ère vaccinale. Ce n'était de toute façon pas la première fois qu'elle mentait de façon aussi flagrante avec les faits.

     

  • Les cas de coqueluche ont spontanément chuté avant l'utilisation du vaccin

    On reconnait ici le petit mensonge n°5.

     

  • Dans telle ou telle flambée épidémique, la majorité des malades était des personnes vaccinées

    Alias le petit mensonge n°4.
     

  • etc...

 

 

La vitamine C et les médecines alternatives

Enfin, les militants anti-vaccins ont des solutions si votre enfant contracte la coqueluche, malgré la prétendue “disparition de la maladie sans vaccination”. Comment ça? Il est absurde de proposer une solution à un problème que l'on a annoncé comme inexistant? Ne vous en faites pas, l'absurdité ne tue pas au pays des anti-vaccins. Et ce qui ne tue pas remplit les poches, ou celles des amis...

Donc en boutique, il y a, entre autres:

 

  • L'homéopathie. Bien sûr “une consultation s'impose” pour qu'un médecin homéopathe (de préférence anti-vaccinaliste lui-même, des listes de noms circulent en privé...) empoche le prix de la consultation.

 

Coqueluche : idées reçues et autres mythes anti-vaccinalistes
  • De joyeuses virées au grand air et en altitude. Evidemment l'accès à cette médecine aéronautique ne sera possible qu'à ceux qui pourront se déplacer, donc ceux qui de toute façon sont amenés à guérir spontanément sans complications particulières (oubliez les nourrissons en assistance respiratoire, les enfants traités pour encéphalites...). Aucune chance que cela rate avec un tel biais de sélection !

  • Et surtout, la célèbre vitamine C qui peut prétendument vous guérir ou prévenir n'importe quelle maladie à prévention vaccinale ! Un vrai petit miracle (ou pas). Je me demande encore comment les militants anti-vax n'ont pas eu l'idée de la prescrire pour résoudre les maladies et troubles dont ils attribuent systématiquement la responsabilité aux vaccins...

Coqueluche : idées reçues et autres mythes anti-vaccinalistes