Vers la fin de l'obligation vaccinale en France? Patience Patience !

Publié le 9 Mars 2016

Comme expliqué dans le billet « Vaccination : la France face à un paradoxe », le pays a mal à sa politique vaccinale. Impossible d'appliquer une politique vaccinale cohérente et d'obtenir les résultats espérés si rien ne change. Les autorités ont décidé de réfléchir à la question. L'enjeu principal semble de déterminer quoi faire des obligations vaccinales. Cette question, qui est en fait sur la table depuis plusieurs années, a fait l'objet de l'attention des médias à l'occasion de la conférence de presse du 12 janvier de la ministre de la santé, qui a décidé de lancer un grand « débat national » pour 2016.

2012-2014: le HCSP propose une « réflexion institutionnelle » suivie d'une « conférence citoyenne »
 

En 2012, le Haut Conseil de la Santé Publique (HCSP) rendait un «rapport relatif au programme national d’amélioration de la politique vaccinale 2012 – 2017». Il était question de définir des stratégies pour, entre autre, inciter à la vaccination. L'une d'elles consistait à «redéfinir les notions de vaccinations obligatoires et recommandées». Dans le document intitulé «Avis relatif à la politique vaccinale et à l’obligation vaccinale en population générale et à la levée des obstacles financiers à la vaccination», rendu public en 2014, le HCSP aborde à nouveau la question de l'obligation. Après un rappel de l'historique des obligations vaccinales en France, il identifie les paradoxes et problèmes de la situation actuelle, mélangeant obligations et recommandations, sans justifications autres qu'historiques. Pour le HCSP, « la crainte d’une chute de la couverture vaccinale apparaît aujourd’hui comme la principale raison du maintien d’un régime d’obligation».

 

Le HCSP proposait «une conférence citoyenne réunissant tous les acteurs listés, comprenant également les organisations militant contre la vaccination ou certains de ses aspects. Celle-ci devrait se situer en aval d’une réflexion institutionnelle aboutissant à des propositions élaborées ».

Réflexion institutionnelle

 

Cette réflexion institutionnelle devrait, entre autre :

  • réexaminer la liste des vaccins obligatoires après redéfinition des critères menant à l'obligation.

  • envisager la levée pure et simple des obligations, à condition de définir des actions de communication visant à maintenir l'adhésion à la vaccination.

  • définir le statut juridique des vaccinations recommandées.

 

Conférence citoyenne/débat

 

Il est intéressant de noter que les organisations antivax seraient conviées au débat. Évidemment, pour débattre, il faut au moins être deux « camps », mais on peut se demander ce que les militants antivax peuvent apporter de pertinent aux discussions, au-delà de leur opposition philosophique à la notion d'obligation. Si c'est pour leur donner une tribune publique pour énoncer leurs arguments pseudo-scientifiques, on ne sera guère plus avancé.

 

Et comment réaliser un débat sur des questions scientifiques ? Va-t-on débattre du caractère immunogène de la vaccination anti-tétanique ? Un vote après le débat ? Si le non l'emporte, c'est dit, on l'enlève du calendrier vaccinal ? Évidemment que non ! A tous les coups, les antivax se plaindront d'un débat dont les conclusions sont connues d'avance. En fait de débat, il faut plutôt comprendre « grande campagne d'information visant à convaincre les réticents » (en supposant que cela soit possible).

Infographie Le Figaro (http://sante.lefigaro.fr/actualite/2016/01/12/24483-marisol-touraine-lance-debat-public-sur-lobligation-vaccinale)

Infographie Le Figaro (http://sante.lefigaro.fr/actualite/2016/01/12/24483-marisol-touraine-lance-debat-public-sur-lobligation-vaccinale)

Janvier 2016 : le rapport Hurel comme base de réflexion ?

 

En février 2015, le gouvernement confie une mission à la députée Sandrine Hurel. Elle devait formuler des recommandations afin de faire évoluer le principe de l’obligation vaccinale et faire des propositions concrètes pour améliorer le taux d’adhésion des Français et des professionnels de santé à la vaccination ». Le rapport a été communiqué au public lors d'une conférence de presse tenue par Marisol Touraine le 12 janvier.

 

Evolution du principe de l'obligation

 

Ce rapport fait la part belle à la problématique de le cohabitation des statuts d'obligations et de recommandations vaccinales. Mais si le statu quo n'est plus possible, la question du changement à opérer ne semble pas simple à résoudre. Ainsi, Sandrine Hurel décrit différents scénarios relatifs à la levée ou au maintien d’obligations vaccinales . Mais aucune option n’est présentée comme préférable, dans l'attente du débat sociétal.

 

  • Contre la levée de l'obligation : Les CV (couvertures vaccinales) sont élevées pour les vaccinations obligatoires (DT et P) et les valences associées sous forme de vaccin combinés (Ca et Hib). Jusque là, ces CV sont comparables, voire meilleures que dans les autres pays.

    Mais : Dans le même temps, les CV sont moins bonnes en France pour la plupart des vaccins recommandés. De plus, la CV élevée contre les pneumocoques (PCV-13) montre qu'on peut obtenir un résultat satisfaisant en l’absence d’obligation.

    Faut-il alors maintenir le statu quo, lever l'obligation ou l'étendre ? Pas simple...

 

  • Contre la levée de l'obligation : Le risque que présentent des maladies éliminées/sous contrôle mais pas encore éradiquées/non éradicables (conflits qui retardent l'éradication de la polio, cas de diphtérie constaté en Espagne, …)

    A ce propos, j'ai depuis des années le sentiment que la France attendait l'éradication de la polio comme occasion de lever les obligations (je peux me tromper). Cette levée se serait alors faite dans un contexte où il aurait été aisé de communiquer sur les bienfaits et la nécessité des vaccinations. Mais l'éradication a pris du retard...

 

  • Pour la levée de l'obligation : Peu de pays ont maintenu des obligations vaccinales au niveau national.

    Mais : Dans certains cas l’obligation s’applique à l’entrée en collectivité , ce qui finalement revient un peu au même.

    En effet, en France, l'obligation s'applique à tous les enfants. Dans certains pays, cette obligation ne s'appliquent que si ils entrent en collectivité (crèche, école), mais pour un plus grand nombre de vaccinations que les actuelles obligations françaises. On pourrait tout à fait imaginer un futur où l'entrée en crèche d'un enfant français serait conditionnée à sa vaccination contre la coqueluche, par exemple, et son entrée à l'école maternelle par la vaccination ROR, ce qui n'est pas le cas actuellement. C'est cette solution qui emporte mon adhésion. Elle implique une certaine responsabilisation, et réduit le risque de l'effondrement des CV, en ne laissant pas de coté les recommandations. Les parents doivent comprendre que pour bénéficier des services publics, ils doivent remplir leur part du contrat social.

 

Amélioration de l'adhésion du public et des professionnels

 

En dehors de la question de l'obligation, le rapport recommande:

 

  • La mise en place par l’INPES (Institut national de prévention et d'éducation pour la santé) d’un site dédié à la vaccination, pour le public et les professionnels, avec une rubrique « questions/réponses ».
    (C'est vrai que cela manque en comparaison avec des pays comme les USA ou le Canada)

  • L’INPES doit intervenir de façon structurée et officielle sur les réseaux sociaux.
    (Impatiente de voir ca !)

  • Une « information directe  » pour les professionnels de santé  et une « information validée » pour le grand public, concernant les effets indésirables.
    (Directe, validée… c-a-d?) 

  • Cette information sur les effets indésirables doit être complétée par une information sur les risques évités par le vaccin et sur l’efficacité des vaccins.
    (Parfait !) 

  • Une information des professionnels quant aux éventuelles tensions d’approvisionnement (causes, durées…).
    (Parfait !) 

  • L'édition d'un bulletin électronique périodique à destination des professionnels de santé sur les derniers développements concernant les vaccins et les politiques de vaccination, accessible sans restriction sur internet.
    (Très bien, mais il y a déjà le Bulletin Epidémiologique Hebdomadaire pour ça non?) 

  • Une affirmation claire du pilotage de la politique vaccinale.
    (Il est question d'échanges qui doivent être davantage formalisés pour potentialiser les connaissances, de communication renforcée par des temps d'échange, d'un comité des parties prenantes sollicité pour favoriser la compréhension mutuelle et éclairer la décision publique. Il est également question d'ANSM, d'ONIAM, de DGS, de CTV, d'HAS, d'InVES et d'INPES qui jouent tel ou tel rôle, échangent, se rattachent, … Chers lecteurs, je pense qu'on a touché à la partie « usine à gaz » du rapport !)

  • La mise en œuvre d’un carnet électronique, pour une meilleur connaissance du statut vaccinal des patients.
    (Parfait !)

  • Une prévention des ruptures d’approvisionnement en favorisant les technologies qui permettent de réduire le risque de contamination et donc les interruptions de produit et celles augmentant la durée de vie du vaccin ou raccourcissant le délai nécessaire pour étendre sa production.
    (Bonne idée) 

  • La mise en place des stocks pour certains vaccins pour faire face à d’éventuelles ruptures d’approvisionnement.
    (Pourquoi pas…) 

  • Prévoir, lors des négociations sur les prix, une clause relative à un volume minimal de doses à fournir, en deçà duquel le laboratoire devrait s’acquitter d’une indemnité compensatoire.
    (Bonne idée, si ça ne se répercute pas trop sur les prix...)

 

D'autres possibilités sont également évoquées, mais nécessitent encore réflexion :

  • Abaisser le coût du vaccin HPV par achats groupés. 
    (Ca serait bien…) 

  • Disposer de vaccins au cabinet médical.
    (Ca serait bien aussi…) 

 

Certaines idées sont rejetées :

  • Une incitation financière à la vaccination pour les médecins qui ne peut contrebalancer un manque de confiance ou d’information.


Modalités du grand débat national

 

Accrochez-vous, ça va pas être simple…

 

Le débat sera piloté par un comité d'orientation indépendant mené par Alain Fischer, Professeur d'immunologie pédiatrique. Le comité, qui sera constitué en mars, devrait comprendre des scientifiques, des juristes, des sociologues...

  • Une plateforme internet sera mise à disposition en mars, pour recueillir les contributions des citoyens, des professionnels de santé, des associations et des institutions.

  • En mai, ces contributions seront analysées par 3 jurys : un jury de citoyens, un jury de professionnels de la santé et un jury d'experts scientifiques.

  • En octobre, les avis de ces jurys et les contributions seront rendues publiques.

  • En décembre, des propositions concernant une évolution de la politique vaccinale seront soumises au gouvernement par le comité d'orientation. J'ai l'impresion qu'à ce stade, on en sera à peu près au même point qu'avec les propositions évoquées dans le rapport Hurel, mais le gouvernement aura gagné une année sans avoir à prendre de décision.

Bien évidemment, le gouvernement sera libre de faire ce qu'il veut de ces propositions, et surtout, au moment où il le souhaitera, ce qui renverra plus que probablement la patate chaude à ceux qui prendront les rennes après les présidentielles de 2017 !

 

Vers la fin de l'obligation vaccinale en France? Patience Patience...

 

Rédigé par Julie

Publié dans #Actualité

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annr 01/01/2017 13:14

bonjour julie
je vous mets la un lien vers une étude de AAA ( accés limité ) montrant que l'anergie post rougeole peut durer 2 à 3 ans...
http://science.sciencemag.org/content/348/6235/694
ici aussi https://www.sciencedaily.com/releases/2015/05/150507145315.htm
ce qui fait que le vaccin contre la rougeole,en empéchant d'attraper la rougeole, protége aussi indirectement contre d'autres maladies qui tuent les enfants en phase post rougeole. l'anergie post rougeole que les médecins évaluaient au doigt mouillé à 2 mois ( complications infectieuses immédiates bien connues ), a été montrée durer au moins un an, lors d'une étude immuno ( effacement de la mémoire immunitaire ) puis maintenant : 2 à 3 ans. ( données statistiques je pense )
par ailleurs, en octobre : évaluation du nombre de PESS à 1/ 600 ( j'arrondis ) si rougeole contractée avant l'age d'un an
quand je pense que l'argument des antivaccins est de dire " attraper la rougeole renforce le systéme immunitaire " :-)

Carmele 29/06/2016 13:20

Rendre la vaccination obligatoire, c'est le meilleur moyen de braquer la population, y compris ceux qui ne voyaient pas le vaccin d'un mauvais oeil au départ